
Avant l’orage. Extrait du Journal au 6 novembre 2025:
« Hier soir seul avec les enfants – Elsa est partie voir Aïda avec Aurélie. Pâtes trop cuites, œuf brûlé, une carotte crue, en bâtonnets, pour la bonne conscience. Je mâche, pour ma part, les verdures inidentifiables qu’E. a achetées, avec du pain trempé dans du vinaigre. Vivre mille ans. […] Interviewé par Radio Roumanie International. Une stagiaire, pleine de précautions amusantes. La langue française dans le monde. Le sujet m’intéresse mais rassemble mal mes pensées. Les questions nombreuses, décousues. Elsa y passe aussi. Nos réponses seront croisées. […] Rencontré Sébastien P., qui arrive de RDC, puis bref passage en France, à Issoudun. Un homme très apaisé mais, sans rien dire ici de notre conversation, capable de décisions radicales. Avait déjà travaillé ici il y a quelques années, laissant un bon souvenir. […] Le soir, en marchant sous la pluie, discussion : J’aimerais bien manger au restaurant chinois. Mais J. me coupe : « Je n’aime pas les restaurants de langue. » […] Mépris des linguistes pour la métonymie : que l’illyrien bard (blanc) puisse mener au daco-roumain barză (la cigogne), ou broancă (contrebasse) au grec Βρυγχός (un gros poisson ventru), est balayé d’un sourire – « théorie des plus extravagantes ». On préférera se fier aux sacro-saintes lois de la phonétiques, à qui rien n’est demandé que de justifier l’injustifiable, et faire dériver Zbor d’un latin Ex-volare, Moș d’un hypothétique Annosus sans que nul n’y trouve à redire. Mais rattacher cimţ (les reins) à la racine cinct– (ceindre), n’y pensons pas. Aucune pitié, non plus, pour lier l’adjectif mare (grand) à la mor celtique – n’y croyais pas non plus mais eusse aimé qu’on me convainquît. Lecture, en somme, assez déplaisante, les idées s’y annulant les unes les autres ; et suis surpris, moins d’une semaine plus tard, que si peu m’en reste en mémoire. Relève cependant, en toute fin, cet émouvant aveu d’impuissance : deux mots, en roumain du XVIème, dont l’auteur de cette somme de mille pages ne parvient d’éclairer ni l’étymologie ni le sens : Pîndavarise et Înacicar. « Tout-à-fait inintelligible. Peut-être un code. » […] Parution du premier épisode de Non-Conforme. […] Catherine avant de disparaître a déposé dans mes affaires le livre de J. Ellul, sur Judas. Ne pensais pas le revoir, non plus. Fus mauvaise langue. […] La deuxième fois de suite dîne seul avec les petits : du riz, du lard, le reste des verdures, un liégeois, qu’achetons sur la route. Elsa a assisté à la première du film d’Ana, rentre tard en voiture, très touchée ; en a parlé, sur la route, avec Julien B. La 106, après trois semaines, sans raison a démarré. »
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