
Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au vendredi 6 novembre 2026 :
« Hier soir avec Guillaume L., au Londo. Conversation très éclairante, historien qui se pose la question de la littérature, qui s’est avancé loin dans les réponses. La tête me brasse beaucoup, en rentrant. Nuit blanche. […] Colline d’Uranus au tout petit matin. Des bouches d’égout montent de grands panaches de vapeur, sous la planète morte toujours un tellurisme. La pelouse du Palais constellée de pigeons morts, la tête arrachée ; cent pas plus loin, des étudiantes du Cadastre manipulent un théodolite – jamais n’en ai vu autant que dans cette ville au sol si incertain, où toujours besoin de corriger les routes, faute de quoi battraient dans le ville, cordes tranchées ; mais elles jurent, le froid leur crispe les mains, un vieux modèle, elles ont peur de le foutre en l’air. Avise, pour la première fois, qu’au dessus de la Magistrature un aigle très fascisant a été martelé, restent les ailes et les serres, au milieu une clairière de plâtre avec un M grossier, comme tracé au doigt. […] Le message que j’attendais, pas venu. Puis venu trop tard. De ce quiproquo-là les conséquences : l’attente, dans la rue, des heures, forcément suspect comme quiconque attend de nos jours, et la colère d’être soi nous fait répondre à ces regards un peu imprudemment, femmes s’écartent, hommes roulent des épaules. A l’espoir insensé se heurtent les protestations du probable et, moins avouables, celles de la dignité. […] Au café ce matin. De origine fulguris. […] Grand soleil. Posté à lettre à Mamie. Vélo. Donné une heure de grec, toujours Héraclite ; puis m’attelle aux lettres de recommandation. Ramené les petits déguisés, pour Halloween, elle en sorcière, lui en ninja. Reçu le dessin de Jean. Mais Internet pas remis, difficile de faire avancer les choses. […] Toujours pas répondu à Ventspils. Mais beau mail de Guillaume S. – le « ciel des fixes ». […] Julien veut me montrer quelque chose à 19h en haut de Berzei – me donne l’adresse, coïncidence, du café italien qui m’avait remonté le moral, il y a deux ans. N’a pas dit quoi. Aurais volontiers fait trois pas dehors ce soir, une fois couchés, mais Elsa dîne en ville avec A. et E. Après, peut-être, mais à quelle heure ça mène. »
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