
Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au lundi 2 novembre 2026 :
« La pluie, toujours. Accompagne les enfants et E. au bus ; m’en vais faire le tour d’Uranus, trempé aussitôt, klaxonné par les moqueurs ou est-ce que je me l’imagine ? Sans lunettes, seraient inutiles. Brouillard pas désagréable, la matière surprise dans un de ses premiers états, avant les séparations, la divergence des formes ; mais pas non plus le nuage primal, l’homogénéité déjà s’est compromise, la lumière s’y déplace à vitesse variable, s’accumule dans des lentilles, parfois bruine comme un knock-out ; ailleurs encore, toute bue, un verre de lait renversé sur du papier journal. […] Sur une photo que poste Camille, Julien S., à la médiathèque d’Épernay. Combien de temps. […] La matinée au café sous la galerie, mais dans le café lui-même, la galerie battue par le vent, zébrée de pluie. Seul avec la serveuse, qui me sourit tristement. Écrit une lettre à Julien S., à Épernay ; puis incapable d’aligner trois mots. Feuillette des albums de photographes contemporains, avec leurs explications. Yana Lozeva, par exemple, in a state of evasive epiphany. […] A Băneasa en vélo. Les freins mouillés, foutus. Pneu sous-gonflé. Les lumières ont-elles jamais marché. Pluie torrentielle, et vent. 12 km aller, 12 km retour. Vélo ordalique : les dieux font passer l’examen. Le remonte, au retour, pour au moins les freins. […] Deux heures au lycée français. La petite D110, où donne d’ordinaire la leçon de grec, interdite désormais par la législation : manque de lumière naturelle. On me confie à la place les clefs du bureau qui donne sur l’intérieur du gymnase. La lumière du jour mais très indirectement, pressée par un complexe appareil de poutres, renvoyée par la surface des tapis de gymnastique bleus dont l’usure se dévoile çà et là par des miroitements. Sa fluidité si compromise par ce volume qui la contraint qu’on ne s’étonnerait pas que lui correspondît quelque altération de la gravité, qu’un sauteur y restât suspendu, que tous les coups sonnent mat. Lumière telle qu’elle doit baigner les cabines du Nautilus. Le petit public assez aimable pour s’y enfermer avec moi, plus troublé qu’avouable, rit sans rire. Mais entre dans le gymnase la classe de ma fille, pour une partie de handball, et tout à refaire. […] Incapable de faire fonctionner le radiateur. Vidangé trois fois. L’eau chaude bloque quelque part. Incapacité reflétant incapacité plus générale. Mon père, mon grand-père etc. ; mais n’ai, moi, pour transformer le monde, que des mains molles. […] Mada Masr attaqué en justice. Retour toujours bloqué. Pense aux amis. »
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