
Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au lundi 26 octobre 2026 :
« Consacre la matinée à Al Qamar, sur la terrasse, sous l’auvent. Pleut à verse ; les cheminées du voisin fume. Un plus habile que moi (Christophe?) n’y aurait consacré que dix minutes. […] Peu convaincu par l’existence des homophones : le langage étant très étranger à sa trace écrite, l’identité phonique finit toujours par opérer une soudure de sens. Emprunter, c’est suivre une empreinte. L’art, sort de contrat avec le Beau et le Grand, oblige à lui verser des arrhes. Etc. La paronomase subit, pareil, la loi de l’anastomose : la raison est une maison, la fierté est faite de fer. Etc. A l’autre bout du raisonnement, personne de sérieux pour admettre que deux mots différents puissent dire la même chose. […] Monstruosité des basses-cours dans la campagne roumaine ; leur goût, en particulier, pour les canards de Barbarie, affligés, par une surenchère dans l’horreur, de déformations spectaculaires qui, peut-être, sont un trait de l’espèce, peut-être des tumeurs savamment entretenues. Doute fortement qu’ils les mangent. En vois deux, en écrivant cela, qui déchiquettent une bâche de plastique noir. Les poules se tiennent prudemment à distance, le chien même tire comme un diable sur sa tyrolienne pour s’échapper chaque fois que les sales bêtes tournent leur sale face vers lui. Le type avec la casquette Make Romania Great Again leur colle un grand coup de botte et se met, à son tour, à manger des noix – mais lui les casse dans sa main, deux noix ensemble, le poing fermé, grand coup sur la porte et crac. Le regard des monstres, alors, glaçant, stephen-kinguesque. Kévin m’aurait donné raison. […] L’eau du puits, où j’ai laissé tremper trois jours durant le seau de fer, coule rouge aujourd’hui à la pompe. Laisse les mains rouges. Remonte le seau, très plein et très lourd : rouge aussi. […] Jour d’orage, la vallée sent la pomme tombée; les enfants jouent à la boue. Le propriétaire tape à la porte vers 15h avec un panier de victuailles : la Saint-Dumitru, le patron des bergers, jour férié donc, il insiste pour offrir le repas. Sarmale, lard frit, schnitzel, pâté de Pâques et soupe de poulet ; la carafe de țuică qu’il m’engage à boire séance tenante. Il est boulanger au village d’en bas, le pain aussi c’est le sien, et les gâteaux aux noix mais gaffe, il laisse toujours passer des coquilles. L’accent très lent, un rien goguenard, quelques mots français. Bombance. Elsa me gronde, c’est trop, je n’aurais pas dû accepter pareil cadeau mais le type s’est montré très ferme, sa volonté supérieure à la mienne. Une rapide recherche m’apprend – comment ai-je fait pour l’ignorer – que Dumitru / Dimitri vient de Déméter ; et ce sont les Mystères d’Eleusis auxquels, faut-il comprendre, venons d’être conviés. Amusant mais le trouble m’en poursuit jusqu’au soir. M’en ouvre à Jean, au téléphone. […] Jean au téléphone, des complications : la CAF, Dadou, la voiture. Très inquiet sur la situation en France, me recommande de rester où suis. Au soir, mes parents.»
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