
Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au jeudi 22 octobre 2026 :
« Travaillé tard sur la terrasse à dactylographier Denise. Le coq à quatre heures du matin, puis dans le rêve ; puis, très exactement, le portable d’E. à portée de vérification, à 8h29 comme hier. Aurais préféré n’en rien savoir. Invention du temps. 8h29 mais la précision vaut agacement, l’usage ayant importé dans la vie quotidienne des subdivisions – la minute, le degré, le centimètre – qu’on soupçonne fort d’avoir été imaginées pour l’industrie et qui, in fine, nous serrent comme des calibrages. Cette heure c’est l’heure des autres, des autres les intentions jamais pures. Le réveil d’E., réglé à 6h04, une pointeuse, dont la sommation la poursuit jusque dans les rêves. L’usage égyptien, beaucoup plus juste, de ne donner rendez-vous qu’en fin d’après-midi, au coucher du soleil, à l’heure du repos ou de la faim ou de l’amour. Seule la lumière. […] Pluie au soleil. Les enfants font de la soupe de raisin dans un seau avec des pierres. La fringale de noix m’a taché les mains de brou. […] Donné la journée à Denise, c’est-à-dire tâché de faire apparaître un livre dans le chaos des notes, dans les renvois de manuscrit ; aiguisement des yeux sur le désordre des feuilles comme un enfant sur son autostéréogramme, attente longue parasitée par les correctifs inutiles et par l’envie, toutes les dix minutes, d’éclater une noix sur la pierre pour me préparer une chiasse d’écureuil. Travail qu’un travailleur n’appellera pas travailler mais qui m’interdit, pourtant, de prendre au sérieux tout autre emploi. Pluie, dès 9h, sans discontinuer. […] Dans les tas de bois, derrière le mur, E. trouve un sapin à moitié débarrassé de ses décorations de Noël, des jouets (un dinosaure, un chien), des calots œil-de-chat (un bleu, un orange). Il dut se passer ici un petit drame, l’hiver dernier. […] Jean au téléphone. Il a sa sœur et sa nièce. La CAF de Quimper lui cherche des noises, et cette histoire de voiture. Le dessin, pas encore. Des clients, de temps en temps. Mail, aussi, de Cristian F., qu’on a averti de la sortie des Atrides. […] Sur l’énorme machine à écrire qui rouille dans un coin de la cour, une étiquette en métal gravé : Bundeseigentum der FLD – Wien. […] Cherché, dans cette maison encombrée de bondieuseries, une trace de quarante ans de communisme ; finis par trouver, dans un placard, un réveil soviétique, cassé. […] Le nuage descend dans la vallée. Travaille à l’aveugle, dans la cour. Sur les feuilles humides le ruban marque à peine. Les enfants envahissent la table avec les poires, qu’ils mettent à sécher. Je m’obstine. »
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