
Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au mercredi 21 octobre 2026 :
« Tapé du prochain Hospodar trois textes sur quatre ; le dernier, d’où le reste découle, l’ai bêtement oublié à Bucarest, il était à la fin d’un autre carnet, carnet rangé un peu vite avec les autres dans le cimetière des carnets. Peux rien faire avant dix jours. Mail lamentable à Benoît A. […] La matinée à taper Denise à la machine. Les enfants cueillent des noix avec leur mère. Goût des noix fraîches, amères, avec le raisin flétri. Déjeunons dehors. […] Chez Mathias Enard, cette idée très merlienne : « la Sèvre niortaise, ce limes de l’identique ». […] Remontons en voiture, en fin d’après-midi, la route de la vallée autant que possible et malgré les avertissements des bûcherons. Abandonne l’auto près de la rivière, m’engage dans un premier chemin mais la pente trop rude, les pierres qui roulent, les petits pignent ; dois me résoudre à rebrousser après cinq cents mètres. Un second, plus large, mène à une ancienne scierie. Les enfants font des barrages sur la rivière, E. ramasse des noix. Buvons à la source. Belles pierres bleues, légèrement ponces mais très lourdes, jamais vues nulle part. […] Message de Bogdan, qui a écrit à VM de son côté. […] Plaisant inconfort de ces baraques d’été, qu’on ne loue hors-saison qu’aux originaux et avec mille avertissements. Les poêles n’ont pas servi depuis l’hiver dernier, le foyer plein de journaux à épluchures, de paquets de cigarettes froissés ; et la pelle des cendres s’est perdue. Le bain ouvert à tous les vents. Les passants, immédiatement avertis, ralentissent, osent un coup d’œil. Deux fois hier, ce matin une fois encore, une voiture de police. […] Échangé, par mail, avec J-J. Camy sur la nature du texte littéraire. […] Vie conjugale : répétition d’une pièce identique, la fin connue, les bons mots salués, la mise en scène appréciée pour d’infimes variations à condition qu’elles n’en compromettent pas l’issue. « J’ai oublié de faire les betteraves. » « Putain, le sel il sale pas. » « T’as pas mal au ventre ? » Répliques pas indignes de Ionesco, dont la répétition ad nauseam rappelle comme le langage n’est, en réalité, qu’une stratigraphie de phrases retenues, de cris ravalés, de silences qui sont un avant-goût de la mort et d’invites cochonnes mais pas-devant-les-petits. […] Le chant du berger mais hachés par les grands arbres, le vent, les paroles méconnaissables, chanson cheyenne ou cherokee, modulant avec des esprits que le latin ne s’aventure pas à nommer. S’arrête dès que je m’avance dans le champ. »
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