
Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au dimanche 18 octobre 2026 :
« Vieux ticket de CFR : de 0 à 250 km. Dans ce cercle combien de mondes. […] Parti louer la voiture à Otopeni. La queue chez Sixt, des Italiennes, un Espagnol, des gymnastes tchèques. Les horaires de l’agence : de 00h01 à 23h59. Le type drague les Italiennes, leur touche l’épaule. La voiture, une merdouille coréenne, le tableau de bord une sorte d’écran de téléphone et le compte-tour à peine suggéré ; une alarme se déclenche quand dépasse la vitesse autorisée, pas trouvé encore comment éteindre ça. 2000 lei pour treize jours. Récupère les enfants au Décathlon, d’où sors sans rien acheter alors l’agent de sécurité m’alpague : pour les sorties sans achat il faut faire un tour, il y a un marquage au sol. Et je comprends bien le roumain mais pas la logique de la demande, aussi reste là, l’air con, une gentille dame me reformule en anglais, lentement, comme à un dingue. […] Peine à croire les images de France. La mairie de Limoges a brûlé. A Rennes un pont tombé dans la Vilaine. Le 11ème comme déflagré, les fenêtres tombées dans la rue. […] Une série sur les guérites. La parole des plantons, payés à défendre toute la nuit le bien des autres, avec un litre d’Ursus tiède, deux œufs durs et de la zacuscă. […] Chez Christophe, qui me prête son ordinateur. Chambre vides de meubles mais il y a des meubles mais ils ne remplissent rien, ils ne jettent pas d’ombre. On n’y enlève pas ses chaussures, les fenêtres du Radisson, qui lui bouchent l’horizon, y concentrant comme une focale le sentiment du représentant en transit : ici, laisser la parole à Ch. mais je gage, moi, dans le ronronnement d’âme des renonçants sur les falaises de l’Athos, une inquiétude de veilleur de nuit en plein jour, quelque chose de l’abri des Franck, l’angoisse des trois coups à la porte, mais où la clandestinité inexplicablement vous fouetterait l’appétit. Il y écoute, dans le temps délayé de l’après-midi, les crincrins d’une viole à l’accordage. Grand jour, oui, mais curieusement sombre, la lumière toute bue, sur la pile de livres, par l’énorme mue d’un serpent. Dehors, le vacarme des bolides du Grand Prix de Bucarest, que la viole monocorde découpe comme une motte de beurre. […] Gardiens de Berlin-Est aveuglant, avec les fragments de grands miroirs, les habitants des immeubles d’en face qui essaient de prendre des photos. […] Les petits à Kyralina pour l’atelier de collage, avec le Canadien bulgare. Ramènent des chutes de cuir de cerf, de bison, de chameau. Mais du serpent il n’y en avait plus. »
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