Journal d'Anton B.

Mardi 13 octobre 2026, 18h25

Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au mardi 13 octobre 2026 :

« La colère de J., hier soir, incontrôlable, malgré la patience et les processus. Il a traversé seul dans la rue, tiré la langue à sa mère. Refuse toute discussion, multiplie les attaques. Le plus haut degré de violence qu’ayons atteint depuis la naissance des petits ; quand s’endorment, restons le cœur battant, E. plus capable de dormir. M’en vais faire trois pas dans la rue, croise des têtes connues, anonymes parce qu’en galante compagnie mais pas l’esprit à enchaîner les traits. Le déluge, les gouttières qui moussent, la ripe des autos au feu orange. Au Z., un film bulgare, une filature clandestine pendant le Covid. Suis trempé, frissonne. Vais pour rentrer quand la porte s’ouvre : c’est J, qui me cherchait. […] Réponse de Ventspils : on va examiner mon dossier. Mail tourné bizarre, pas chatgptesque – on ne peut se défendre, quand un inconnu prend la peine de penser ce qu’il écrit, en 2026 d’une certaine inquiétude. […] Dans la bibliothèque un homme règle les micros : Alors, oui. Alors. Alors, oui. Oui. Alors etc. […] Fini le Hospodar VII. […] Carrefour de sa vie. Expérimenter. Parlons longtemps, sous la pluie. Quelques coïncidences, que relevons, ou pas. A dû connaître Pierre, à Fénelon, par exemple, mais ne s’en souvient pas ou bien prudente. La retrouve, par hasard, le lendemain, sous la pluie toujours ; me suis arrêté pour regarder un immeuble cassé où l’attend, son chemin, son portable cassé. […] Completèment zappé, hier, la conférence sur Fondane. […] Chantier du métro. Les sentiers que creusent les employés de la ZAC dans l’argile rouge, les trouve jonchés de mulots morts. Drôle de terre, je m’arrête, qu’ont répandue les excavatrices. L’espèce de luzerne qui colonise partout ailleurs les friches n’y accroche presque pas ; percent, à la place, des champignons craquants comme des ratés de mousse polyuréthane, des prêles, des canas – de la boue jurassique, comprend-on, que d’indiscrets forages ont distraite de l’éternité. Les Gitans si ingénieux d’ordinaire à vivre sur le pays n’y trouvent rien à glaner. Les autres se raclent méticuleusement les semelles sur la lame du bus, y laissent de gros paquets et putain, les portes bloquent. […] La langue, de moins en moins poète à nommer faune et flore. Ainsi la bête punaise, la punaise de vitre, qu’un jeune collègue me présente avec une érudition, quoi qu’on en dise, bien supérieure à la mienne : la punaise-du-diable. Je dois avoir l’air déçu, il insiste : Oui, c’est son nom. »


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