Journal d'Anton B.

Lundi 12 octobre 2026, 17h44

Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au lundi 12 octobre 2026 :

« Nuit de fièvre. Le rêve, cette fois : en partant de Lettonie, dois traverser en bus jusqu’au Canada. De là, suis convoqué à Los Angeles pour faire passer des examens – les candidats, que des filles, doivent réciter des vers dans une langue que je ne connais pas mais, comprends vite à leurs regards admiratifs, que suis censé connaître. Des images, aussi, de mon village natal mais ravagé comme par un bombardement. Levé en nage vers 2h, 4h30 etc. Ne crois pas à l’interprétation de ces images, aux grilles de la psychanalyse etc. ; mais que ce sont, plutôt, les possibles qui poussent à travers la membrane, le nœud de serpents des virtualités du jour, tout indiscipliné, remuant et tiède et attendant, pour rependre Botta, le baiser d’une décision, la consécration des faits. Inutile, la protestation des raisonnables qu’inquiète – ce qui est déjà convaincre – ce branle-bas des vies parallèles, dont la nôtre n’est jamais assurée de sortir gagnante. […] Tour d’Uranus. Matin d’automne, enfin. Des tunnels énormes – faits pour stocker des chars – coulent des flots d’eau noire, comme si le palais fondait. Le seul flic que j’aperçois s’étire le tendon d’Achille sur une petite marche sans un regard sur le désastre. […] Au café ce matin. Ciel-couvercle, bas-et-lourd. La serveuse m’a vu venir, le café coule déjà quand je pousse la porte. Elle n’aura de cesse de zieuter sur le carnet où j’écris va savoir quoi ; mais je croise son regard et lui souris. Cet aimable flirt jusqu’à midi, où attrape un bus bondé sur Magheru. Vapeur de la foule qui sèche mais tant de buée sur mes lunettes qu’on pourrait se croire seul. Loin, dans l’accordéon du 100, une vieille qui est à la fois sourde et folle appelle un service d’urgence, elle gueule qu’elle va mourir mais loin, c’est très loin, peut-être même inventé parce que personne, dans ce pays à jamais fâché avec les parleurs-à-voix-haute, ne la fait taire. Arrive tard, les chaussures crottées. Trouve Anne de la Nouille en grand branle-bas : les mamamouchis de l’AEFE en visite. Dans les couloir, çà et là des messieurs encravatés, l’air important, voient s’ajouter des lignes sur leur Linkedin, contre un bon de présence, en désossant les choses qui marchent. E. en noir pour protester contre les suppressions de postes. Le mien, incidemment. […] Candidaté à Ventspils. […] La dernière édition de Louis Lavelle remonte à 1985. »


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