Journal d'Anton B.

Samedi 10 octobre 2026, 22h23

Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au samedi 10 octobre 2026 :

« Dîné hier soir à la maison avec Clément, Jeanne et Christophe : des boulettes à la viande / falafels, des pommes de terre et des poivrons au four. Ai déclenché l’alarme à fumée avec les boulettes ; à peine l’avais-je éteinte que le cadre égyptien tombait sur le sol en éclatant. Signes que tout cela. Apprenons, au hasard de la conservation, la suppression du poste d’A., ce qui n’est pas sans conséquences pour nous. Partir, encore une fois. Un coup de pied au cul salutaire, que viennent conforter mille signes : un cafard, la nuit dernière, par exemple, ou que ce petit ordinateur, qu’ils nous prêtent, ait perdu ses touches R, T, V et 5 – les rattrape en soulevant la touche avec un couteau mais combien de temps. […] Envoyé les papiers dont je ne veux plus parler jamais. Le cœur qui bat. Me ressers du café mais E. en a fait un nouveau, la cafetière brûle. A mon cri de douleur personne n’accourt. […] Jean au téléphone : saisi par huissier au tiers-détenteur. C’est le type à qui il a vendu la Clio il y a quatre ans qui, sans surprise, n’a jamais fait refaire la carte grise ; depuis, le salaud accumule les amendes impunément. En rions, mais ces attaques répétées ébranlent mon vieux frère. Et sa mère vieillit, là aussi il va falloir s’y mettre. […] Dans le métro, hier, une affiche vante les mérite de l’huile de krill, en gélules, riche en oméga 3. Mais la foule se presse, indifférente à ces petites accroches de poésie saugrenue comme elle le serait, on le soupçonne, à un départ de feu. […] Accompagnons, en famille, S. à son cours de peinture : la perspective, aujourd’hui. J. joue dans le parc mais montre peu d’intérêt pour les tortues, que me réjouissais de lui montrer. Sieste à la maison. E. à K. pour la conférence sur la Bibesco ; les enfants au Cismigiu avec moi, avec Guillaume, son amie et leur fils. La conversation s’oriente naturellement vers les sujets qui comptent ; s’installe, quoique nous nous connaissions à peine, une sorte d’intimité, des préoccupations communes, y repenserai longtemps. Rencontrons Anne-C, Hervé, G. et A. Le soir au théâtre avec E., Nina gardant les petits – au moment que sors de l’immeuble, deux autos se percutent sous mes yeux, nuage de gaz jaune, airbags crevés, mille témoins contradictoires. Une dizaine de jeunes gens se présentent à moi devant l’entrée du Bulandra, en Première pour la plupart. A la maison vers 22h – une des autos tamponnées n’a pas bougé, le type toujours dedans, cigarette sur cigarette. Début de crève. »


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