Journal d'Anton B.

Jeudi 8 octobre 2026, 19h47

Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au jeudi 8 octobre 2026 :

« Dans le ciel, au petit matin, des dizaines de traînées d’avion, vers le sud-est. Appelle E. pour les lui montrer. Ne peux m’empêcher de les relier à l’article du Monde, hier, sur les incursions de drones, de plus en plus nombreuses au dessus de la Mer Noire – il serait devenu banal, pour les estivants, d’en ramasser des morceaux sur la plage. Chaque écho radar faisant décoller deux F-16. […] Rentré à petites foulées depuis la fontaine Mioritza, arrive en nage ; mais un voisin a entrepris de monter au cinquième une machine à coudre avec son pied de fonte. N’entre pas dans l’ascenseur. L’aide. Fatigué, couché tôt, à l’heure où d’ordinaire malade. Me lève une fois, un doute mais trop de circulation dehors ; il est 22h30. A 2h mon fils fait un cauchemar. A 4h30, E. Dans les intervalles, rêvé de rien. […] XXXXXXXXXXXX. […] Dernière journée, croix de bois croix de fer, que consacre à VM. […] Au lycée français la multiplication des punaises, qu’attire la chaleur des vitres. Se gavent de lumière puis se laissent tomber sur le dos, infoutues de se retourner ; certaines, pourtant, que personne ne se risquera à les aplatir parce que, paraît-il, l’odeur. Leur ventre est blanc-bleu, n’ose pas les toucher mais l’imagine pelucheux, comme l’envers de certaines feuilles. Règne qu’on soupçonne volontiers d’occuper dans la chaîne des qui-mange-qui le même rang que nous – il n’en fallait pas plus à notre orgueil pour leur conférer de l’intelligence. Les femmes de ménage les collectent sur de grandes feuilles A3 qu’elles trouvent dans la corbeille, les blanches de préférence – les surprends une fois à débattre ; elles les emportent dans la cour en poussant de petits cris pour que personne ne leur fasse de blague. […] Le dernier Fulaș, le meilleur. Rassembler, pourquoi pas, une bibliothèque de livres composés d’une seule phrase – idée formelle dont doute qu’elle épate encore dans vingt ans, mais qui consacre cependant la supériorité de la virgule. Me renvoie, d’une pensée à l’autre, à la réflexion de la petite M., en Seconde, hier, sur le relatif de liaison (Qua de causa etc.) : si on accepte que le latin ignora longtemps la ponctuation, quelle différence avec un relatif normal ? Il m’a fallu, à moi, des années pour arriver à cette conclusion. […] Aperçu, sur une vitre du premier, une mante religieuse, translucide et jouant des mâchoires. Espèce banale par ici, on se moque un peu de mon étonnement. »


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