
Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au mercredi 30 septembre 2026 :
« La nuit dernière au Zadar. Y croise Christophe mais aussi Charles. Un couple d’amis lui rend visite, travaillent à Reims mais des Ardennais ; lui viticulteur, elle a fait des études d’art en Belgique mais pour vivre vend des fromages. Plus jeune qu’elle en a l’air mais, surtout, et pas sans me valoir un petit décrochage au cœur, une voix iphigénienne. Le viticulteur s’est rendu à Satu Mare en 1996 ; mais, avant ça, en Croatie, en 1992, sur la ligne de front, avec trois amis. Il raconte. Les Serbes avançaient sans que personne ne les prévienne, il fallait rebrousser chemin à toute vitesse ; quelques mois plus tôt, une Rémoise avait pris une balle à un check-point. Un homme émouvant, très prudent dans ses analyses, le visage assez beau mais la plongée dans les souvenirs le trouble, la voix tremble, le fil des pensées saute sans arrêt. A enterré, il y a deux semaines, un des gars qui étaient là-bas avec lui. S’en vont dans un autre bar vers minuit, nous nous séparons rue Popa Tatu. Impossible de trouver le sommeil avant deux heures. A six, le réveil sonne. […] Mes chaussures de travail, éculées. Les agrafes pour les semelles n’ont pas tenu. Les tartine de cirage pour combler les fentes, d’où les stries beiges sur les chaussettes. […] De Maman : Boualem S. samedi prochain à Noisy-le-Roi. […] Au café, à la table d’à côté, un très petit homme : Je n’ai jamais goûté des œufs. […] Răspund la numele / Tumulti […] Dans l’appartement d’en face, longtemps vide, un homme. L’entrée allumée toute la nuit, la lumière se répand, il en reste assez pour deviner le gros corps dans le lit, trois fenêtres plus loin, roulé dans un drap, sur le matelas nu. Au milieu du plancher une paire de chaussures à coque. Il regarde, sur son téléphone – qu’à cinq mètres de moi, après tout – des gens détruire des objets au marteau. […] Dans le cahier des charges de l’architecte : moduler la lumière, le bruit de manière à ce que le visiteur ne puisse plus penser à rien. Retirer à la rêverie toutes ses prises, combler les réservoirs d’échos. Recréer, en descellant légèrement les gaines de l’AC, le bourdonnement qui remplit les oreilles des noyés. Décomposer le jour par un savant vitrage, des films invisibles jusqu’à ce rais de lait gris, d’alun sué, qui ne laisse pas d’ombre et qu’aucun tournesol ne saluerait. Y pullulent les punaises et les seauthes. […] Causé avec Th., en rentrant. Parlons de Grenade. Il y était en 2007. Moi aussi. Interrompant la conversation, un téléphone se déclenche, la voix de femme d’un GPS : Sur cette portion de route tous les feux sont obligatoires. Il y en aurait d’autres où pas ? »
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