Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au mardi 29 septembre 2026 :

« Terminé, la nuit dernière, le chapitre pour Timothée. M’en renvoie un autre à 9h. Ne peux consacrer trop d’heures de suite à cette matière, si éloignée de la mienne et qui ne peut manquer de tordre un peu mes équerres. Un par semaine, pas impossible. De la discipline. […] Venu en vélo, battu E., qui venait en bus avec les enfants, de vingt minutes. Donné quelques cours ce matin puis plus rien, lis sur un banc, les pieds fouaillant le gravier. Le temps se couvre, on coupe des veines d’air froid. Croise Elsa, qui cause avec ses collègues ; je la chambre sur ce stage sur la sexualité, à Sofia, qui l’éloignera de nous en mars. Mais le type à côté est justement celui qui l’organise, ce stage. La moquerie se retourne contre moi. Ai fini mon assiette mais reste pour ne pas donner l’impression que suis vexé. Pas d’autre choix que de me fader le gars, et le gars déroule son linkedin, dégoise ses sigles, ses instances, les grands pontes qu’il connaît personnellement, avec qui il est à tu et à toi etc. Le refile, sur la fin, à Julien B., qui n’en demandait pas tant. […] Viețile care nu s-au născut / Cerșesc halucinate un sărut. Deux vers, d’Emil Botta, qui disent ce autour de quoi j’ai vainement tourné pendant dix ans. […] L’Enterrement de Jérémie Braque. […] Effaré de voir à quoi se perdent mes journées ; pas vraiment travaillé, peu lu, rien écrit que ces lignes et la fatigue, pourtant, qui fait trembler les mains, qui renverse la tasse et fait shooter, une fois de plus, dans le jeu d’échecs, que J. pourtant avait rangé. D’autres, ailleurs, se démènent, achèvent des œuvres. Reste peu de temps. Pour me me prouver à moi-même que je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise, toujours rien. […] Versé l’eau bouillante dans la grande tasse mais un craquement. La vide en urgence. L’examine. La range au fond du placard. […] Me suis agacé, bêtement, contre celui qui m’interrogeait, encore, sur le plagiaire de chez Grasset. Il le sent et me laisse parler – j’explique, toujours sous la vrajă de Botta, qu’il faut se mettre au service des Pierres Écrites. Croise son regard, ai un peu honte. M’échappe. […] Reçu le dessin de Jean. Romain affrontera les douanes uruguayennes. Rosine a un doute sur l’histoire de Plouegat. Le roman de Grégory sort aujourd’hui, L’Homme d’en dessous. »
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