Journal d'Anton B.

Samedi 26 septembre 2026, 19h06

Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au samedi 26 septembre 2026 :

« Marché un peu dans la ville, hier soir, pour désencombrer l’appartement de ma présence. Croisé personne – étonnant pour un vendredi soir, à croire que la fatigue les a vaincus ou bien, vertigineux mais banal, me fourvoie-je complètement sur l’heure qu’il est. Ramassé trois billets de dix lei rue Rosetti. Ai passé une veste, un manteau sur la veste et me sens encombré comme un dossier de chaise. Rentre mais dois mieux-garer d’abord la voiture dans la rue de derrière ; devant la nonciature apostolique la farine des marrons écrasés luit bleu vert sous les lampadaires éteints. […] La crassula sur mon bureau, une mâchoire-de-crocodile. […] Nuit pénible, J. brûlant demande de l’eau. Rêves graves – se cacher, les Allemands – et entrecoupés. L’odeur, au petit matin, du café, des miettes carbonisant sur le grill, de la compote de pomme me ramène à la surface. […] Dans un couloir de l’Administration, rencontré vendredi monsieur X. passablement énervé. Quelques phrases puis, plantant ses yeux dans les miens : Combien de temps tu penses rester ? J’hésite, rester où, mais ma bêtise l’agace : en Roumanie, couillon. N’aurais pas pensé, il y a cinq minutes, qu’il connût seulement mon prénom. Mais j’ai trop tardé et déjà il se désintéresse de mon cas. […] Accompagné S. à son premier cours de peinture, rue Ghica Tei, près du cirque municipal. Elle en ressort une heure et quart plus tard, très heureuse ; a peint un renard. Reviendrons. E. et mon petit garçon, pendant ce temps, ont joué aux échecs, fait des boutures et regardé des extraits du match d’hier, contre la Turquie, où Mbappé, son héros, s’est blessé. […] Emmené E. dans la vieille librairie de la rue Brezoianu. Le journal de la petite Allemande a disparu mais quelle moisson ne faisons-nous pas ! La Leçon sur le cercle, de Stanescu, introuvable, que voulais offrir à Maud ; Emil Botta et V. Voiculescu en bilingue, chez Minerva. Prix dérisoire. Ajoutons deux Pif Gadget (1967 et 1969) pour les petits – réalise que ce magazine si populaire chez les petits Roumains sous l’ancien régime était lu par eux en français, la langue de Rahan, donc, à leurs yeux, plus que celle de Victor Hugo. Revenons par le parc, résolument automnal. Lentilles d’eau. Punks emmitouflés. Pas 18h mais déjà le jour baisse. »


En savoir plus sur Journal d'Anton B.

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire