Journal d'Anton B.

Jeudi 24 septembre 2026, 20h44

Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au jeudi 24 septembre 2026 :

« De l’administration, un mail : KD, en délicatesse avec les autorités de son pays, sera accompagné d’une escorte policière. […] Me suis fatigué de Machine, trop acharnée à protester de sa bonne foi sans que personne, pourtant, ne l’ait mise en doute ; on finit par demander quel crime de guerre, quelle sordide trahison veulent cacher ses serments intempestifs. Relu le dernier sms, celui d’une heure du matin : « Moi, je fais ça pour les autres, je pourrais tout aussi bien rester chez moi. » Si seulement. […] Série, en page d’accueil de Wikipedia, sur les stations du métro rennais. Évidemment un code. Quelqu’un s’amuse. […] Au café, ce soir. Mes voisins étalent leurs diplômes, leurs carrières etc. Hommes d’une cinquantaine d’années, pansus, méridionaux, sur les joues déjà des veines pètent. Des proverbes sur tout. N’ont plus besoin de travailler mais ils travaillent parce que l’inverse, pas leur genre. Leur montre leur calcule le nombre de pas chaque jour. Des gagneurs, d’ailleurs leur femme elle-même… Il a manqué à ces triomphes du secteur tertiaire un esclave chargé du memento mori ; envie brûlante, pour leur faire pièce, de m’entendre raconter leur monde du point de vue d’un proctologue. […] La journée sur le plateau, la tête vide, butant sur les murs et les gens. Le temps changeant, impulsant à la foule dans le grand escalier les variations de rythme correspondant. Sors à peine moi-même, pris par mille tâches – dont le chapitre III de Timothée, qu’espère finir pour dimanche. A midi, n’en tenant plus, trois pas dehors. Le garde au poste principal, comme s’il lisait ce Journal, me choisit pour confier son désarroi sur la météo : pas la même d’heure en heure. Puis, montrant son téléphone : On ne peut plus se fier à ça. Mélancolique, mais il ne s’adresse plus à personne : Qu’allons-nous devenir ? Ça m’effraie, me réfugie dans la salle du premier mais dans ce canapé-là le temps comme un bras mort, l’heure boucle, mêmes gens, mêmes vannes, mêmes chansons. Rentre en vélo, les petits par la navette, et les bats d’une demi-heure mais c’était le besoin, la rage, de forcer sur les jambes, d’avoir un peu mal, de me sentir être. […] Ai renoncé de placer un mot, les enfants me coupent sans cesse et c’est moi que leur mère engueule. Tape ces lignes dans mon bureau, boude, dehors quel bordel mais plus le mien. E. met les couettes. La lune pleine dans le troisième carreau. Préparerai après la compote avec les pommes tapées récupérées de la cantine. »


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