
Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au samedi 19 septembre 2026 :
« La nuit dernière au Londo : Mathieu, Bogdan, Christophe, Anne-C, Hervé, Charles, Marco qui arrive de Lannion où sa femme travaillait à la librairie. Raconte à Anne-C. La version officielle, qui m’est très indirectement parvenue, de l’esclandre de l’été dernier : version scandaleuse, comment pourrait-on mentir davantage, et qui ajoute un nom à ma liste des méprisables. Un homme croise mon regard et m’arrête : Yekta, le poète que j’avais rencontré l’an passé au Lokal, qui m’invite demain à la librairie, où il performe. Bu à peine, rentré avant une heure. Rêve, toute la nuit, de mon fils qui apprendrait à faire du planeur mais d’un modèle inconnu : tout entier contenu dans une grande ceinture de fer, avec des pierres sur la circonférence qui sont peut-être des aimants parce que l’appareil en tombant vers le sol, en est aussitôt chassé. Il faut, pour s’arrêter, que le pilote enfonce un pieu dans la terre. Dans ce rêve-là c’est le soir, dans la plaine, près de Chavenay. […] Message de Jean. Arrivera le 25. […] Un camion remonte Stirbei Voda avec un conteneur vert, grillagé, militaire. Forte escorte policière. Sur le conteneur, marqué Escape, because you matter. […] On reconnaît les hommes très ivres à ce qu’ils se mettent toujours à gueuler, dans la rue, le nom de leur pays. […] Présence des choses. Mais leur recul, d’abord, facilement perceptible au moment qu’elles coupent le halo de la conscience. Vient alors qu’on les nomme : le frisson alors d’une opération sacrilège, d’un interdit projetant loin les plans où cela se pardonne. La chose nommée, à la fois frétillante et morbide, comme un poisson sorti de l’eau, jeté vivant sur la planche de l’écailler. […] A 17h à Kyralina pour la performance de Yekta, en tout petit comité, et les vitres qui tremblent du mur de baffles que la mairie a fait installer, à l’angle, pour la fête du quartier Amzei. Qu’importe, le poète doué, excellent lecteur. Donne des inédits. Sous la surface du présent. Échangeons nos adresses. […] Étonné par la connaissance qu’a ma fille des événements de 1989, en particulier la fin de Ceaucescu. […] De ce dérangement des choses surprises qui peine à se contenir, on comprend sans peine que tout cela – la rose solitaire, le vélo tombé etc. – n’était pas fait pour être vu. Que l’œil se promène ici en intrus, comme si quelque tricheur cachait une caméra dans la pièce où le chat de Schrödinger n’en finit pas de vivremourir. Le seul poids de la tête fait ployer le regard et le monde, demoiselle éternellement au bain, n’a pour le curieux que des surfaces opaques. Les autres, dans la rue, l’ont d’ailleurs accepté, ils savent par cœur l’aventure d’Actéon et c’est la peur, sans doute, qui les plonge dans l’écran. Mes efforts pour garder le nez levé me valent, de leur part, à chaque croisée des coups d’épaule. Tort à Rimbaud : pas voyant mais voyeur. […] Omelette ce soir et courge spaghetti. »
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