Journal d'Anton B.

Vendredi 18 septembre 2026, 19h13

Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au vendredi 18 septembre 2026 :

« L’odeur du bocal où j’ai mis à sécher les graines de piment. […] Des grands oiseaux noirs qui sont, dans cette ville, le chef du signe de l’automne – et dont ma mémoire rechigne à apprendre le nom latin tant est vrai qu’on refuse, par honnêteté, de se conférer sur l’inconnu une souveraineté illusoire –, j’aime la précision tournoyante, comme si, dans ce cercle d’un kilomètre qu’ils tracent au dessus du quartier à l’aube, c’est la tache de lumière rose sur mon bureau qu’ils avaient déjà prise pour cible. […] La nuit dernière, chez J., accès de somnambulisme. Le retrouve égaré, bien après minuit, dans la pièce commune. Le reconduis. Ne me reconnaît pas. […] Le tour d’Uranus, ce matin. Puis au café, deux heures. Deux heures ? Le café que je commande au jeune homme à 10h du matin m’est servi, dit le ticket, en réalité ce soir, le 18 toujours, à 22h50, par Diana. Les heures impossibles du clocher de Bailly il y a trois semaines, le fait qu’il ne soit plus jamais 21h21, le ralenti de la pleine lune entre les deux immeubles, cet accident, enfin, dont garderai la preuve suggèrent, concluons, que le temps a des ratés. La pâte dont on le fabrique comprenait des bulles ou des grumeaux. Nécessaire de multiplier les expériences sur le temps. […] La fabrica UZUC, à Ploiești. […] Évoqué, avec Florian L., le souvenir d’Arnaud Perrot, l’anecdote de Kerichen, de son vivant déjà un mythe de la rue d’Ulm mais d’ailleurs, pourquoi serait-il mort ? Gr. joue de la guitare et vrai qu’il joue bien. Alors Th. de raconter, bouleversant, 1981, son grand-père, le bus depuis Militari, la librairie, le cartable, le globe. Les minutes fondamentales ; et le silence soudain sur le canapé. Le globe, surtout. Dans cette petite rue derrière la Banque de Roumanie il dit qu’il n’est jamais revenu ou, à l’inverse, qu’il revient souvent – mon attention a flanché, je suis en 1981 avec le petit garçon. Minutes qui, dans le corps mort de l’Histoire, continuent de rayonner sous le portique comme des balles jamais ressorties. Observé, plus tard, en notant cela, que la mémoire des hommes s’impressionne plus volontiers au grand soleil ; qu’il fait souvent plein jour dans le passé. […] Les élections au printemps. Entendu, à table, les premières discussions politiques. […] Pourquoi pas un livre sur l’Exotisme de la Grèce : le σπαραγμός, la ξενία , l’ἄϐατον. Nos racines gréco-romaines : sottises. Sommes des Guaranis. »


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