
Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au vendredi 11 septembre 2026 :
« L’automne. Les petits passent une laine avant de descendre. Les tourbillons de corbeaux se reforment au dessus de la trouée. Les casiers de pommes de plus en plus remplis à la cantine. […] La mémoire de plus en plus souvent prise en défaut – hier encore, le mot confidentialité. Faiblesse croissante, d’une manière générale. Regarde avec horreur le peu de temps qui m’est réservé désormais pour écrire. Le soir, où tout devrait se jouer, un épuisement infondé, humiliant. Mes forces se perdent dans des riens. Ne serai pas remboursé de ce temps-là. […] Le tour d’Uranus, encore une fois, à l’aube. Jusqu’à dix heures à mon bureau. Un gamin quelque part dans le pâté joue avec un appeau. Puis au café sous la galerie, où le curé de Kretzulescu me fixe, longtemps, j’incline la tête, il reste immobile. Me consacre à Denise mais rien à faire, le curé attire l’attention : très affairé, pas nerveux mais en responsabilité. Il fait lever l’ivrogne qui dormait dans l’escalier, répond à mille coups de téléphone. Un secrétaire le sollicite pour remplir un tableur, puis la dame des bougies, puis deux policiers, pour l’ivrogne. Une bonne-sœur se présente, une étrangère visiblement, le prend pour Dieu sait qui mais il corrige, en français : Ma sœur, je suis le prêtre. Elle de s’agenouiller, il la relève. Elle s’étonne qu’il parle si bien notre langue. Ils sont à trois colonnes de moi, n’attrape que des bribes de conversation : il a travaillé à Paris, aux usines Renault, des années, comme ingénieur. […] En vélo jusqu’au lycée français, douze kilomètres, pour donner une heure de grec à trois élèves de Terminale. Déjeune d’un travers de porc. Adieux à Sorina B., qui rejoint son poste à Sinaïa. Un mail : suis convoqué à une consultation psychiatrique obligatoire. Récupère les petits à 15h30, suivons Clément et sa fille dans son nouvel appart, sur Iancu N. Nageons, une heure durant, dans la piscine sur le toit. Mets les enfants devant un dessin animé pour converser au calme. Nous rejoignent Anne-C., Hervé, Christophe puis Mathieu et Bogdan, qui leur découpe des silhouettes de papier : un cheval, un dromadaire. E., elle, sort avec des amies. Bon moment. A la maison à minuit. Dois 50 lei à Clément, pour le taxi. »
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