
Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au samedi 12 septembre 2026 :
« Des bruits depuis quelques jours : J. a fait une bêtise. Les institutrices qui surveillaient la récréation ne nous ont rien dit mais je les soupçonne parfois de le couvrir. C’est Julien B. qui vient éclairer l’affaire : il donnait son cours quand de petits malins commencent à taper contre le mur, à faire des grimaces de l’autre côté du grillage de la maternelle ; la philosophie grecque s’interrompt, la Terminale sourit. Julien reconnaît mon fils, il ouvre grand la porte et l’appelle par son nom. Le petit garçon, pris sur le fait, s’enfuit avec ses copains. Il se bouchera les oreilles chaque fois qu’essayerons d’aborder le point à table. […] La piscine, hier soir, sur le toit de l’immeuble. Tout autour, des ensembles en construction, des grues et, dessous, torse nu, des ouvriers népalais grimpant horizontalement sur les ferrages d’avant coulée. Un Black Hawk des pompiers tourne au dessus de la ceinture nord, frôle la cime des arbres et on jurerait, une seconde, qu’il nous a pris pour centre. Drôle d’immeuble, plus un hôtel ; moquette partout, salons vides, sur le bureau de l’accueil des bibelots en laiton mais la chaise vide. En bas, une Maseratti. La piscine elle-même est glacée ; à la surface de l’eau une poussière dorée, imprimant des ondes contradictoires. Partout les bouquets de caméras ; la plus grosse fait la taille d’un ballon de basket, elle nous suit en clignotant. Débat, avec Clément, si c’est automatique ou bien si quelqu’un, quelque part. […] Au café ce matin avec Christophe. Croisons Victor et Grégory. Christophe se joint à nous pour déjeuner ; avec prudence essayons la bouteille que m’avait offerte Emma P., une sorte de vin cuit. Dehors le temps se couvre. Les petits reviennent de l’institut sous une pluie légère. […] Publication Hospodar V. […] Le ciel bas, l’air épais ; de cette barométrie-là les habituels prolongements psychologiques, aussi parlons le moins possible. Lu dans le parc, les enfants écoutent les grenouilles, E. vaque à Dieu sait quoi. Remonté la calea rendue aux piétons ; mais quatre adolescents en rangers et T-shirt noir, le plus grand lance un salut nazi mais c’est la périphérie du regard, suis-je bien sûr ? Le ventre serré, les regarde s’éloigner. Rencontrons, plus haut, heureusement, G., un collègue d’E., sa femme, son fils ; puis Florian M., puis Anne-C. et Hervé. Des enfants dessinent à la craie sur le boulevard. Un café que je n’avais jamais remarqué: French Revolution – le nom, c’est vertigineux, a été déposé. »
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