Journal d'Anton B.

Mardi 8 septembre 2026, 20h41

Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au mardi 8 septembre 2026 :

« Le 205 de 7h35 bondé, pas moyen de s’asseoir mais croisons, pour nous consoler, l’aimable Cornelia. Parlent fort, E. et elle, j’ai un peu honte à vrai dire mais elles sont connues toutes les deux, et personne pour les interrompre. Une lycéenne sur le strapontin, d’un lycée roumain du quartier, relit une dissertation sur André Gide. […] Donné mon petit cours de latin. Dois être particulièrement ennuyeux, déjà deux qui se désinscrivent, dont une que n’ai jamais vue. De l’administration on sait à quoi s’attendre. Il faut envisager désormais que sois privé de ce petit revenu – E., à qui je m’en ouvre, fait les comptes, ça passe encore. Le tour des allocations auxquelles j’aurais droit si en France. Crise personnelle : ne me suis jamais préoccupé de trouver un vrai métier, pas plus qu’une signature d’adulte, normal que j’en paie le prix. Rentre en vélo, amèrement. La roue avant légèrement voilée, mais le jeu augmente. […] Sur un papier qui traîne, à l’encre brune, une femme sans doute, des Instructions pour se rendre à l’Immigration. […] Aux courses, hier soir tard, un petit garçon tout seul, qui remplit son panier en suivant, par visio sur le téléphone, les instructions de sa mère. […] Ce Journal rendu possible par l’interdiction très intériorisée des gens de l’Est de parler à voix haute dans les transports publics ; leur silence ne pouvant que nous renvoyer à nos petites explorations intérieures. En France, rien de ça. Me souviens, sur la ligne Saint-Cyr-Montparnasse, de deux conversations croisées, une femme, prof dans le privé, racontant les malheurs de sa nièce Sixtine chez les scoutesses ; sur la banquette d’en face un maçon racontant à son collègue le grand rassemblement des Gitans, à Semur-en-Auxois (« …les Va-t-en hollandais, les Crieurs welshs, les Anabaptistes de la Manche, les Anglais – Les Anglais comment ? Les Anglais tout court, ils veulent pas s’appeler autrement. ») Qu’ajouter ? […] Renversé du café sur mon carnet. […] Repris le texte de Timothée, MOBILITE. […] Le lac Hérastrau vide depuis juin mais déjà ça jungle, ça mangrove. Des échassiers épinglés dans les lunes de boue noire. Des épaves de barques mérulant dans les loupes d’air tiède. De grandes feuilles d’argent qui sont des carpes mortes. »


En savoir plus sur Journal d'Anton B.

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire