
Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au samedi 5 septembre 2026 :
« La nuit dernière au Londo avec Christophe. Anne-C., Hervé nous rejoignent vers 22h. Bilan des entourloupes des derniers jours, nombreuses. Ont déçu ceux qui devaient décevoir, trahi ceux qui devaient trahir ; puissent ces intrigues leur valoir au moins quelques gratifications. Deux bières. Joie de reformer le cercle. Ch. me donne le livre de Raphaël Eymery. On nous chassera trois heures plus tard. […] En pédalant vers Baneasa, une vision : dans le hangar de la Régie municipal, entre deux autobus au contrôle, une toute petite Dacia qu’une plus petite fille encore nettoie avec son éponge et son seau. […] Nouvelles de Moustapha : la santé s’améliore. Dans six mois il aura payé la moitié de la voiture. […] Rue Rosetti, un petit tas de riz blanc sur lequel on a versé le contenu d’un bouchon rouge. Du poison, sans doute. Tout à côté, un pigeon mort, affreusement contorsionné. […] La journée consacrée, avec Elsa, au baptême d’Oscar, le fils de Victor et Ioana. Nina garde les petits. Pour la première fois je mets les pieds dans l’église Kretzulescu, toute petite, sans chaise, qui ressemble à une grotte peinte. Roumains et Français se pressent sous les colonnes, pas tous bien au fait des usages. Bogdan, Mathieu, Grégory. C’est le curé dont j’ai souvent parlé dans ce Journal, sans doute m’avait-il reconnu aussi, plusieurs fois nos regards se croisent. Beau moment – ne peux refréner un frisson au moment qu’entonnent le Kyrie eleison. L’après-midi à banqueter dans un restaurant chic du quartier arménien ; à la table à côté de nous des amis de Victor qui, comme lui, sont dans le cinéma – une fille, Anaïs, pleine d’esprit, un visage de ceux que j’aurais aimé regarder vraiment mais les usages encore, les usages. Retrouve Antoine, le Corse, qui s’avère être grand lecteur de Yannick Haenel – suis dernier à n’avoir pas lu son livre, pourtant sorti cette semaine –, et de la bande à Minuit : Philippe Toussaint, Echenoz, Rouaut etc. Mes livres à moi, s’excuse-t-il, il les a achetés mais pas ouverts encore. Une fête estivale avancée dans septembre, du hors-temps pour célébrer le temps. Les plats très fins, l’un remplaçant l’autre aussitôt ; au moment qu’achève ma glace, un rumsteak. La conversation tourne autour de l’Iliade, naturellement, que beaucoup se mettent à lire. Pars à la nuit tombée, d’excellente humeur. […] Un livreur se présente à ma porte à 22h : trois sacs d’un restaurant libanais pour un certain Catalin Somode. Retiens ce nom. »
Laisser un commentaire