Journal d'Anton B.

Vendredi 4 septembre 2026, 19h40

Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au vendredi 4 septembre 2026 :

« Fait le tour ce matin du Palais du Parlement, sur la colline d’Uranus, délicieusement oisif au milieu de la foule de cadres terrifiés, leur carte d’accès pendue autour du cou avec des mousquetons, des sangles, le fil épais, comme si ça devait soutenir un jour le poids de leur corps sous la poutre. De jolies secrétaires se pressent aux tunnels d’entrée qu’on aurait crus abandonnés, comblés. De lourdes femmes rroms en fuseau léopard, l’œil très sombre, passent le balais devant les immeubles vides de l’utopie avortée. L’orage de la nuit a dégagé l’air mais personne n’a dormi ou bien les rêves mauvais – Elsa, par exemple, un dinosaure mangeait nos enfants. Un fou, dans le parc Izvor, tape sa tête sur les poubelles en hurlant – il s’en présentera, jusqu’au soir, quelques-uns comme lui, femmes et hommes, la folie épidémique, ou quelque chose dans l’eau. Retourne à mon bureau puis, vers 10h, descends au café sous la galerie. Y croise Grégory avec des cernes de jeune papa. Sont désormais à Mogoșoaia, un jardin mais loin, et assez seuls.. […] Douze kilomètres en vélo pour donner une heure de latin. Récupère les petits, rentrons en métro. Ils parlent sans s’arrêter, sans s’écouter l’un l’autre, pendant les 40mn que ça prend. S. a une nouvelle copine qui vient du Vietnam et J. un nouveau copain aussi, Edgar. […] Retrouvé la page que j’avais photographiée chez Rosine, cet été, sur le vol des sceaux municipaux dans le Finistère, par la Résistance. L’érudit local (Alain Le Grand) qui a consacré sa vie à cette étude, ancien partisan lui-même, croyait vraisemblablement l’ennemi capable de revenir ; comment comprendre autrement qu’il ait noté en gros sur la pochette : ‘Résistance. Ne jamais mentionner les noms dans quelque travail que ce soit.’ […] Toujours aimé avoir rendez-vous à la grille du Luxembourg qui regarde la rue Soufflot. […] Croisé, cet été, le vieux libraire, Stavros, rue de Vaugirard. Il a maigri. Il me remet bien. Laure, la nouvelle propriétaire d’Epsilon, que le vieillard encombre visiblement, trop contente de trouver quelqu’un qui veuille bien l’écouter. Presque rien acheté, sinon : un livre de G. Le Touze, pour S. […] Repensé à l’Inconnu paraissant cinquante ans, que j’ai fréquenté moi-même dans le jardin de XXX sans que le voile ne tremble sur le mystère – cet homme se cache, sans doute, mais de qui. Il savait, c’est sûr, que XXX ne ferme jamais sa porte à personne, qu’il ne pose jamais de question, qu’on reste le temps qu’on veut. Un visage sec, de militaire. Semble connaître Brest. Beaux yeux bleus toujours tournés vers le couchant. Prétend avoir travaillé sur des chantiers mais pas des mains d’ouvrier. A donné un prénom mais oublie souvent d’y répondre. Peur des femmes, mais à la mienne il a donné des tomates. »


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