Journal d'Anton B.

Jeudi 3 septembre 2026, 21h35

Pars quaedam aeternitatis. Extrait du Journal au jeudi 3 septembre 2026 :

« Sur le plateau. Les travaux de l’hôpital militaire ont bien avancé, ceux du métro moins – le tapis roulant continue de remplir de boue grise le quadrilatère de parpaings. Dans la friche qui sépare le parking Padina du lycée français des mirabelles non ramassées ont courbé les arbres jusqu’à la pète. Le dévoiement de la saison, qu’il faut déduire, a rempli le creux des rampes d’une curieuse flore de rouille, une mousse croustillante rappelant, en y enfonçant le pouce, ce que donnerait un tube colonisé par des araignées exotiques. Dans l’allée des gardiens inconnus, fendant la foule indifférente, et à qui mon grand bonjour semble, ils se figent, une extravagance, une provocation. […] Dîné, il y a quelques jours, avec Benoît A., d’un grand foie de veau à l’Atlantique, rue du Départ. […] Le nouveau Florian, Florian L., a bien connu Mathilde à Washington. Pas rien de l’entendre. Nous adressons, par son intermédiaire, des saluts prudents. […] Passé, en fin d’après-midi, à Kyralina pour récupérer les clefs. Une limonade avec les enfants sur le boulevard. Elsa prépare du pesto de chou kale et un flan coco. […] Emma P. m’arrête dans un couloir, me tend une bouteille : un vin de sureau dont le nom m’échappe et dont le bouchon, elle m’avertit, remonte tout seul tant ça fermente. […] Il y a deux semaines, sur sa terrasse de Léhon, Hadrien cite La Nuit du Renard. Je sursaute. Me croyais seul à me souvenir de ce film sur Rommel, vu tout petit avec mes grands-parents, et dont le thème même m’est resté dans l’oreille. […] A l’Ehpad où visitons Mamie, atelier de peinture. Une vieille dame incapable de tenir elle-même les pinceaux donne des consignes à l’animatrice : un grand soleil d’apparaître mais violet, avec des sourcils noirs épais. L’animatrice gênée mais la vieille dame très grave retourne « dans le silence de Dieu ». Quelque chose ici du mystère de mourir. Le soleil des orphiques. Le soleil des morituri. […] Mis au propre, la nuit dernière, le dernier envoi du Hospodar, avec l’inversion des images. Du coup Jean au téléphone. Les affaires marchent, mais Douarnenez pèse. Viendrait en septembre. De Laurent B. aucune nouvelle ; me sens héritier, moi qui note tout, du mystère de l’Inconnu paraissant cinquante ans, qu’il héberge, et dont le visage m’est apparu cette nuit – mais n’ose poser la question. »


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