Journal d'Anton B.

Vendredi 10 juillet 2026, 18h56

Force ni que rage. Extrait du Journal au vendredi 10 juillet 2026 :

« La matinée à mon bureau, toujours Denise : « le coffre », « la 404 », « l’atelier » et « les fouilles ». Christophe passe vers 11h avec une question sur Sade mais il en sait beaucoup plus que moi. Discutons dans le bureau. Il ne reste pas déjeuner. Mail de Maud : j’ai déconné sur les délais. Ma faute. A 13h au café, où m’efforce de rassembler les éléments pour y répondre. Bogdan m’y rejoint une heure plus tard, causons longtemps, il parle de l’arbre qu’il a peint. L’accompagne vers son atelier, ne le quitte qu’à la fac de droit. A la maison, personne. Retrouve les petits au Cișmigiu, leur mère a jeté une nappe sur la pelouse. Croisons Ioana et Victor, qui promènent leur fils. Mais S. entraîne son frère dans la grande flaque qu’ont formée les pluies d’il y a deux jours, ils reviennent les chaussures imbibées d’eau croupie. Abrégeons. […] N’importe quel objet, quand on l’approche d’un autre, pour qui jouit d’un degré moyen de sensibilité, se met à résonner. Un degré plus haut permet de construire non plus avec les objets, mais avec les vibrations elles-mêmes. L’artiste, lui, congédie les objets, les ondes se tiennent seules – un faisceau de lumière qui ne sortirait d’aucune lampe. Le degré suprême, qui dégagerait les objets de ce réseau brûlant, qui les restituerait à eux-mêmes, pour les voir tels qu’ils sont – une lampe dont ne sortirait aucune lumière – je le conçois à peine et ne sais le nommer. […] Elsa a acheté les fournitures scolaires pour septembre. […] Trois semaines que l’avais sur le bout de la langue : 99071. […] Au téléphone le Monsieur-de-Paris : d’une politesse exquise, s’est fait expliquer le problème, pourrait certainement le régler mais n’est-ce pas un peu cher payé pour la Brave-Dame qui n’est, au fond – l’ai-je entendu sourire ? – qu’un personnage de Feydeau. Il ne me savait pas du genre à arracher les ailes des mouches. Je devrais insister, sonner la fin du sketch mais le doute, soudain, la vague honte des coups que pouvons porter, qu’elle ne peut pas, du combat déloyal etc. Le pèserai à tête reposée. […] Manque d’énergie. Le café et le tabac m’auront tenu debout ces vingt dernières années, ne puis les congédier sans une certaine reconnaissance. L’alcool m’aura peu apporté, moins qu’on croit ; l’herbe si peu, le reste rien du tout. Elsa parle de nos quarante ans de mariage à nous et je vois, dans son regard, qu’elle ne me croit pas capable de les atteindre, physiquement. Elle ne dit rien. Plus bouleversé que ne veux l’admettre. »


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