Journal d'Anton B.

Jeudi 9 juillet 2026, dans la nuit

Force ni que rage. Extrait du Journal au jeudi 9 juillet 2026 :

« La soirée d’hier au Lokal mais n’ai le cœur à boire. A la maison à minuit. […] La faille traverse lentement le coquillage, en a parcouru les 2/3. Quand le soleil le frappe, un craquement de nacre ; et quand, le soir, la vent, la pluie fraîche, pareil. L’anodonte, retournée, offre à la loupe une surface de Jupiter, ses tempêtes de gaz bouillants, où la faille dessine un éclair. Il y a deux semaines elle a passé l’anneau rouge puis l’ourlet pâle ; s’avance désormais sur la bande noire, avec une bifurcation il y a quatre jours, une lézarde détachant lentement l’annelure naturelle, l’autre progressant, de plus en plus lentement parce que ça s’épaissit, vers le centre de la cible. […] M’appelle C.E., belle carrière dans les Organes, a fait les îles, du sigle long comme le bras, que n’avais pas revue depuis la mort de Georges F. même si elle dit l’inverse – pas impossible qu’elle me confonde avec Pierre. N’avais plus les cheveux longs depuis bien avant la grève à Ulm ; pas vrai, non plus, que soyons de la même promotion, tant s’en faut. Tout cela ne pourrait être qu’un quiproquo mais elle s’est renseignée, assez précisément pour le coup, pour l’affaire qui nous préoccupe, cite les noms, connaît les faits. N’a jamais compris que je fasse ce métier où, quelque réforme qu’on invente, on ne peut empêcher les gens-comme-ça de se concentrer naturellement, comme les radiations dans les cèpes. Me recommande X., « moitié moins cons que la moyenne des gens » mais prof quand même, alors lui parler lentement et souvent répéter. Se moque de moi : mes livres se vendent-ils si peu qu’il me reste du temps pour crapauder avec les crapauds ? […] Au café avec Denise. Son anniversaire commun avec Donald Trump. […] Des ouvriers sur le toit, avec une masse. Du grand n’importe quoi. Des briques éclatent dans la cour, sept étages plus bas. Pas un signe. Pas un cri. […] D’une pensée à l’autre me revient le nom de mon parrain : Philippe F. dit Foufouss. […] Passe chez Mathieu C. pour hériter de ses plantes. C’est au dernier étage d’un immeuble du Parquet National Anti-corruption – institution décidément très bien pourvue en foncier. Le policier en faction me fait des misères, toute la peine du monde à atteindre l’escalier. Ramenons les pots en voiture. Il dîne avec nous, montre son van aménagé aux enfants, qui béent d’admiration – à raison : ils ont tout fait tout seul, même l’évier, sa compagne est céramiste. […] Un verre, de nuit, au Londo, avec Mathieu F. »


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