
Force ni que rage. Extrait du Journal au mercredi 8 juillet 2026 :
« La soirée au Gradina derrière l’ambassade allemande, à deux pas de l’église française. Égypte- Argentine, avec les enfants. Match haletant, vite fait de se prendre au jeu. Sommes la seule table à pencher pour l’équipe de Mohamed Saleh. Ils perdent battre 3 à 2. Moustapha, à qui j’envoie la photo, répond que S. et J. sont plus masriin que lui. Rentrons lentement dans la nuit, J. demandant si un jour, « quand je sera adolescent », il aura le droit d’avoir un maillot de foot. De quelle équipe ? Il ne sait pas. […] Sale nuit. Peine à respirer. Crains que le mal qui m’a jeté si bas l’an dernier ne reparte avec les chaleurs. Dans l’immeuble d’un face la très vieille dame a laissé allumé, ce qui n’arrive jamais ; prends les jumelles pour voir si jamais son cadavre. […] Reprends Denise au petit matin. Dehors l’orage hésite, roule ses ourlets noirs au bord de l’horizon mais la déchirure la vraie, l’attends en vain. Les lignes me viennent chichement, trouve un prétexte pour m’interrompre : la maison dans un état pas possible. Au travail avec les enfants, qu’il faut gronder un peu. Pensais pas me trouver un jour dans le camp de l’ordre. Deux heures perdues à ça. […] L’après-midi sous la galerie, avance ma Denise. Mais on me tape sur l’épaule : c’est Grégory qui passait par là. Un bail que ne nous sommes pas vus. Un peu plus tard, par hasard toujours, Victor. Bavardons longtemps. Le ciel tourne gris, bientôt des éclairs puis l’averse ; des bourrasques jettent le chaos dans la galerie. Pas désagréable. […] Coppola a habité rue de Transylvanie. […] Ce qui permettra d’écrire Denise c’est de comprendre que chaque objet de l’espace suscite son temps propre, comme un clou jeté son auréole de rouille ; que cette constante universelle qui nous fait déplacer la croix sur le calendrier n’est qu’un sous-produit de la SNCF, avec la grossière heure mécanique et le concept de rendez-vous. Se mettre à la hauteur du temps des choses, du temps des gens revient, si brièvement que ce soit, à s’aliéner notre temps propre : immortalité intempestive à qui l’imagination prête un goût de caillou sucé. […] Reçu texte Célia. […] Ramassé rue Brezoianu un crayon de maçon. »
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