Journal d'Anton B.

Mardi 7 juillet 2026, 17h27

Force ni que rage. Extrait du Journal au mardi 7 juillet 2026 :

« La nuit dernière au JB puis, pueris discessis, au Zadar jusqu’à la fermeture. Les collègues nombreux et que des copains. Ch. S. raconte ses expériences au CERN, les femto-trous noirs, « sous le temps de Planck », Th. les travaux de la baraque dans la montagne. Vies plus fermement constituées que la mienne. Trop fumé et j’étais le seul. […] Rêve : rends visite au jardin de ma grand-mère. Là où, enfant, j’avais ma cabane, s’ouvre une tombe profonde. […] Le Rock-bar, bar de géologue conservant encore, sur des étagères poussées au fond, des géodes sciées poussiéreuses ; rebaptisé Zadar – litt : En vain. Ne m’apparaît que maintenant l’étrange beauté de ce changement de nom, plus une élévation de point de vue qu’un renoncement. Les débris humains qui roulent sur cette terrasse, qu’ont-ils compris que moi pas ? […] La lame de ce couteau après avoir taillé le crayon bleu. […] S. m’explique, avec l’assurance de ses sept ans : Homère était aveugle, or la Cyclope l’est devenu lui aussi, donc Homère a fait en sorte que le Cyclope soit comme lui. Ai lu des thèses qui reposaient sur moins. […] Au café. Travaille à Denise, qu’il ne faudrait surtout pas appeler roman : plutôt une carte ou un jeu de photographies. Des ouvriers dressent des échelles dans la galerie. La fille devant moi porte un œil oudja entre les omoplates. […] Ne sais jamais – ou trop tard – dans les conflits mineurs si c’est à la folie qu’ai affaire, à l’élément humain aux jointures nues ou si, au contraire, à un système organisé. Penche un peu vite, dans les montées de sucre, pour le système organisé, plus flatteur, contre moi la conjuration des imbéciles et n’est-ce pas qu’en face ils en parlent la langue ? Réalité tout autre. Suis trop insignifiant pour réclamer le privilège d’un complot. Les adversaires, d’ailleurs, pas intéressés par le rôle et, le plus souvent, en prise avec leur propre complot intérieur ; des qui passent au quart de comprimé sans prévenir personne, qui ne se souviendront pas plus de mon visage qu’un miroir. […] Contre les cafards le concierge pulvérise dans l’escalier du Solfac-Trio et de la K-Othrine – ne fais que recopier l’affichette. Personnes cardiaques, asthmatiques prière de se calfeutrer. Moi-même, en arrivant au quatrième, la tête qui tourne, la salive brûlante. […] Mes parents au téléphone. Sont à Moulin. Mènent une enquête généalogique. Les Poirier, sur Saumur. Rosalie M. […] Égypte-Argentine ce soir. Vais tenter de trouver en ville un bar où voir le match avec les enfants – J., qui maintenant se pique de football, exulte. »


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