Journal d'Anton B.

Samedi 4 juillet 2026, 23h00

Force ni que rage. Extrait du Journal au samedi 4 juillet 2026 :

« Suivi hier, d’un bout à l’autre du restaurant, le match Egypte-Australie, haletant. Victoire masrya aux tir-au-but. E. me rejoint devant l’écran. Souvenirs remontent, yeux s’embuent. […] Réunion d’hier, ou de pouvoir ôter ses lunettes, le privilège de la myopie : la réduction du champ se compensant par une part identique, à l’autre bout, de champ intérieur. Les fonds que ça découvre grouillant d’une vie suspecte, débordant vite les capacités du latin – avec la surprise, néanmoins, de quelques idées claires. Devant moi, des êtres diminués : plus les « gousses de chair » bergouniennes ni le « sac de voyage » müsilien mais quelque chose qui tiendrait de la bougie fondue sans avoir brûlé. Au regard s’est substituée la flaque de bitume, à la bouche elle-même le leurre de bouche au dessus du menton, que la nature nous a dessiné là pour tromper ces doigts qui sinon nous compteraient les dents. Amusant qu’au même moment que les visages, leurs voix s’effacent – ou, plus exactement, un fil dont on aurait déglissé les perles, dont seule resterait la tension. Puis longue terrasse sous les arbres. […] C. raconte : elle vivait au Caire en Seconde et son père l’avait amenée à l’opéra pour voir Georges Moustaki. […] Laissé la 106 sur le parking Padina : au fond, sous le noyer. Papi interdisait de construire les cabanes sous les noyers, ceusses qui s’endorment dessous il arrivait parfois que ne se réveillassent point. Peut-être le même sort que souhaite à la voiture. En ramasse des morceaux chaque matin. […] Épuisé sans raison. La matinée à la maison mais ne saurais dire, au soir, ce que j’ai fait de ce temps. Déjeunons tôt. Passe Aurélie pour l’après-midi. Averse violente mais brève. Au parc voir les arbres tombés mais la plupart déjà débités, restent les tas – l’odeur de verdure broyée, de bête noyée, surprenante tant me préparais, au contraire, à celle de la sciure, de l’éclat de silex, du brûlé. La Rotonde des Écrivains épargnée par le désastre mais pas l’allée des joueurs d’échecs. Photographie les échiquiers. Ramasse, au retour, dans les poubelles devant l’église, de vieilles revues dans des cartons : de littérature (Convorbiri literare), de géopolitique (Le Courrier des pays de l’Est), et des dépliants imprimés par l’ambassade d’Uruguay en Roumanie pour l’inauguration d’une salle Juana-de-Ibarbourou à la Maison de l’Amérique latine, le 30 mai 1996. »


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