Journal d'Anton B.

Mercredi 1er juillet 2026, 18h37

Force ni que rage. Extrait du Journal au mercredi 1er juillet 2026 :

« Ma mère au téléphone hier soir quand soudain la tornade. L’arbre vient taper fort les vitres, l’immeuble branle. Raccroche précipitamment. Éloignons les enfants des fenêtres. Un mur d’eau, très rapide et progressant à l’horizontale, vient frapper la verrière du bureau, claque énorme, qui ne cède pas mais tous les joints instantanément arrachés. Le temps de comprendre, en avons jusqu’à la malléole. Les petits font la chaîne pour sauver les livres et les tableaux. Dehors, l’arbre craque, les branches tombent dans la cour, sur les vélos. La rue dévastée. L’alerte rouge Catastrophe majeure (Gagnez les abris !) ne nous parvient, à l’inverse de l’ordinaire, qu’avec trente minutes de retard. S. examine les livres : des mouillures ici et là, la Pléiade de La Fontaine abîmée, l’Alain Rey un peu ; miracle qu’étions là. Sors, vers 22h, au Zadar rejoindre Chr. et Mat., que le désastre a surpris chez le premier, qui ont trinqué à la santé du dernier jour de la terre et qui promènent, depuis, un lot de saucisses à cuire, pas bien compris pourquoi. Une deuxième tornade vide la terrasse dans les cris ; remplit le café d’un demi-mètre d’eau sale. Rentre en courant sous l’orage pour voir si les petits ; la foudre passe au dessus de moi pendant que traverse le parc de la rue de Transylvanie et me souviens de la dernière fois qu’ai éprouvé cette peur-là : au Bégo, avec l’IGN, en prenant les points en haut de la vallée. Me déshabille en rentrant. Les cigarettes foutues. Mon portefeuille comme sortant de la machine. Quatre doigts de pluie dans le bureau, encore. Des éclairs au nord. […] Après avoir épongé toute l’eau, la matinée sur la Denise disparue, sur le petit carnet rouge acheté lundi. Descends tard au café, sans entrain. Puis à K. mais rien. Les dégâts dans la ville impressionnants. Déraciné, le grand saule bleu du musée. Pompiers vont et viennent. Rues inondées derrière les Beaux-Arts. […] La vieille dame en vis-à-vis approche ses perruches de la fenêtre. Cruauté. L’orage affole les petites bêtes. Leurs cris dans la rue font lever les têtes. […] Forcé de vider mon bureau, l’esprit de là vidé aussi. Travaille à Denise disparue. Sur la table peu d’objets : l’étui à cigarettes de mon grand-père, un fossile, un jeu de cartes de J. Le vent soulève légèrement l’anodonte, la signale à mon attention. L’observe. La faille a parcouru la moitié de la coquille, la chaleur va l’agrandissant. […] A 18h nouvelle alerte : Rouge, encore. Avons vingt minutes. E. se précipite acheter les bouquets pour les maîtresses, moi à la librairie pour les haricots. »


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