
Force ni que rage. Extrait du Journal au lundi 22 juin 2026 :
« L’enclave où je dois officier est à deux pas, m’y présente en avance. Longé la caserne des carabiniers, entendu la sonnerie du matin. La canicule de 8h du matin assomme les Suédoises à backpack. Un grand nombre de goélands morts, des jeunes, dans le caniveau. Le consul, affable, en chemisette bleue, cache son étonnement de me voir débarquer si tôt. Du café-capsule. Une bouteille d’eau. Rien à manger. Soit. […] Suis peu fait pour les centres du monde. On trouvera la phrase contraire cinq ou six cents pages plus tôt mais ce centre était le Caire, où l’on vit comme en se lançant, par jeu, pour tenter le sort des grenades dégoupillées. Ici la grenade a explosé depuis longtemps. […] Les fontaines répandant sur la pierre une eau fraîche, potable, dans l’indifférence générale. […] Mon indifférence tenant sans doute à l’inutilité de toute participation sensible ou intellectuelle : pas besoin de visiter Rome pour trouver matière à considération sur la caducité des empires. Suis plus ému, dans les couloirs de l’enclave française, par les photographie de la libération de Rome par la IIème DB, en 1944. Par cette petite fille qui danse sous la pluie dans la cour de l’ambassade du Canada. Par ces deux soldats, en faction devant la résidence du Qatar, qui donnent de leur eau fraîche à un clochard anglais. […] Quatorze entretiens à mener. C’est beaucoup. Dix minutes pour manger. Les candidats en grande partie issus du personnel diplomatique, la plupart d’entre eux peu convaincants malgré, m’assure-t-on, les excellentes conditions dont ils jouissent pour se préparer. Le profil noble des Éthiopiens, leur parole chiche – tel que j’imagine les peuples des plateaux. Une Gabonaise. Un Irlandais mais il porte un nom persan, une marotte de ses parents, de toute façon il se dit anglais. Un qui est né à Versailles – me voyant sourire, il tente d’en tirer avantage ; un autre dans le 14ème. Discute avec les appariteurs : Daphné, Laure. Trois autres avec moi dans le jury : une de Turin, deux de Belgrade. En sortant, en fin d’après-midi, leur propose de boire un verre ; la fille de Turin s’enfuit, le grand de Belgrade idem ; le dernier, sympa, se dévoue. Dînons ensemble. Trois enfants, le quatrième dans un mois. Sa femme serbe. Travaille, là-bas, dans les locaux de l’ancienne ambassade cubaine. N’a pas pu manger à midi mais phlegme admirable. […] Ne crois pas à la caducité des empires. Ne crois pas à l’Histoire. Tout vient de là. […] L’orage éclate à 16h. On me promet, ça ne durera pas. Ils se concentrent dans les monts albains mais une fois sur Rome-même le vent les balaie vite. Valeur de cette phrase. »
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