Journal d'Anton B.

Samedi 20 juin 2026, dans la nuit

Force ni que rage. Extrait du Journal au samedi 20 juin 2026 :

« Rejoint, hier soir, assez tard la joyeuse bande au Londo. Ai trop parlé aujourd’hui, me contente d’écouter Bogdan qui, sur ma demande, parle de cinéma – il n’a « rien à dire » mais ce rien l’emporte sur tout ce dont les gens parlent d’ordinaire. Rentré à deux heures. Reçu mauvaises nouvelles de Paris – le « pont cinématographique », que je remâche. Douleurs se déplacent dans le corps. Dormi fenêtre ouverte. […] Journée chaude, sans excès. Accompagne S. à un anniversaire à Floreasca ; retour par le centre-ville, pour chercher une veste d’occasion. N’en trouve pas. Les neuves pas en dessous de 800 lei. Un café sous la galerie. Déjeunons à trois, Elsa, J. et moi, ce qui ne déplaît pas au petit garçon. […] Un accident, hier soir, assez grave, sur le plateau de Baneasa : c’est XX. Les nouvelles inquiétantes, la rumeur va bon train. Vers 15h un mail de démenti, qui ne fait qu’inquiéter davantage. Pas sans penser à de vieilles histoires, de sales histoires (Côte-Legris, Patrick F. etc.). Envoyons un mot, de notre part à tous deux. […] Gallimard réimprime les petits carnets. Demande la lettre d’acceptation manuscrite – fantaisie qui, une fois de plus, m’oblige à solliciter Bailly. Chèque modeste. […] Troisième envoi du Hospodar. Commence par un portrait bogdanesque. […] L’article dans Libé pas sans faire un peu de bruit. Nombreux messages. […] La soirée chez les L., qui s’en vont pour la Birmanie. Ont organisé une tombola. Retrouve Florian G., pensif. Beauté extraordinaire de la femme de J. Les enfants jouent au loup sur la pelouse de la résidence. Le gardien – CyberSecurit – allume ses clopes l’une au cul de l’autre, reluque un brin les joggeuses et toise les livreurs pakistanais. De l’autre côté de la palissade, des maisons de campagne des années trente, toit de tôles et rosiers débordants, que pressent des friches déjà vendues ; sur la droite encore, une sorte de Village De Grasse, avec les buissons bleus, les tourniquets automatiques de nuit, comme un décor de golf ; à droite encore, le no man’s land jusqu’à l’ambassade US, où on me raconte avoir vu des chiens sauvages se battre avec des sangliers. Rentrons tard, E. émue par le départ de son amie – des adieux, pourquoi se mentir. Les petits exténués. Prépare, à minuit passé, mon sac pour Rome. Ce sera le tome II de L’Homme sans qualité. »


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