Journal d'Anton B.

Jeudi 18 juin 2026, 18h42

Force ni que rage. Extrait du Journal au jeudi 18 juin 2026 :

« La nuit dernière au cinéma, pour Bella Tarr. Une sculpture de temps. L’extrême fatigue superpose aux images du film celles des autres films possibles, aidée par la langue hongroise, qui semble inviter à des combinaisons sans fin de phonèmes, toutes valides. Fini à deux heures du matin, puis le débat. Dépose Hervé et Ana dans le centre un peu après trois heures, m’en grille une sur la calea déserte. Couché à quatre. Le réveil sonne deux heures plus tard. Douche froide. Nourrir les petits, les habiller, les conduire. […] Nouvelles de MS, le BAT est prêt, le recevrai sous peu ; toujours intimidé, en parcourant l’échange de mails, du nombre de personnes à travailler sur un livre, chacun dans son jargon. Il faudra penser aux textes de présentation avant juillet. Libé publie mon article demain, en papier et sur internet. Discuté avec Chr. de ce livre qu’aimerions faire ensemble, que j’ai mis de côté depuis un mois, et de Denise disparition. Attends, enfin, le dessin de Jean, pour la troisième livraison du Hospodar, demain ou samedi. Les tableaux de Bogdan, aussi, du peu que j’en vois, il faudrait en parler mais sous quelle forme ? Catalogue d’une exposition imaginaire, à la Malraux. Métier que le mien. […] Reçu mails de Rome pour la semaine prochaine. Organisation certainement au point mais, malgré tout, des signes : les documents pas relus, les chiffres pas les bons. Ceux que dois rencontrer là-bas me sont inconnus, ne devraient pas l’être. Pas sans apprécier ce léger jeu dans la cybernétique, promesse de ratés plus réconfortants encore : peu enclin moi-même à l’efficacité – le prouve l’inertie fulgurante de ma carrière –, ne me sens à l’aise qu’au milieu des dysfonctionnements. Un marin qui ne pourrait marcher droit que quand le navire gîte. […] Réfection des berges : le lac d’Herăstrău vidé pour un an. L’odeur, pour l’instant, épouvantable dès les Aviateurs ; évoluera, à l’automne, après trois mois de torréfaction, en quelque chose que je me plais d’imaginer : tabac frais, vieux cuir, cartilage nu. Un lien avec la multiplications de ces papillons-de-nuit en plein jour que ne sais nommer autrement ? On en traverse des vols denses, ça vous frappe les joues. L’impact laisse sur les lunettes des traces d’or. En ai trouvé qui agonisaient sur le trottoir jusqu’à la place de la Révolution. »


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Une réponse à « Jeudi 18 juin 2026, 18h42 »

  1. Avatar de
    Anonyme

    Un marin qui ne pourrait marcher droit que quand le navire gîte.

    Une image de la perfection.

    C’est quand il gîte que le voilier avance le mieux.

    J’aime

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