
Force ni que rage. Extrait du Journal au mardi 16 juin 2026 :
« Dans la rue, à l’envers d’un panneau, un autocollant : #COREMTN#. […] Ai flambé des bananes hier soir, mais trop de rhum : la flamme énorme me prend de court. Les petits émerveillés. L’alarme incendie coupe automatiquement le gaz. Très pénible à éteindre, les oreilles vrillées ; pour remettre le gaz, finis par trouver le dispositif, derrière le four, que dois démonter. E. hilare. […] Resté chez moi hier soir. […] Me revient une histoire de mon grand-père, un exploit dont dois être le seul dépositaire, aussi enregistrons-le : quand les Allemands sont entrés dans Versailles, en 1940, deux soldats français ont tenté de les surprendre en les mitraillant avec side-car, à toute vitesse, entre la place de la Loi et la porte Saint-Antoine. Se sont fait abattre. Ce récit-là probablement vrai, car dépouillé de tout ce qui sent d’ordinaire la légende à plein nez (la survie miraculeuse, le retournement, l’objet-preuve, la précision spectaculaire qui, par exemple, les aurait fait mourir devant le 23, sous les yeux de la fiancée etc.). […] Les deux p de apercevoir : faute que j’hésite à sanctionner. Apercevoir c’est voir difficilement, de loin, comme à travers des épaisseurs multipliées. Il fallait que ce mot matérialise ces épaisseurs, appercevoir, apppercevoir, la planche poussant autour du pertuis. Peine à reprendre ma fille, pareil, sur les deux chevals – pour un helléniste arabisant, que le pluriel ne commence qu’à trois tombe sous le sens. […] Pour la nudité, image de la ficelle, qu’appelle la paronomase dénuée – dénouée. Les fautes toujours intéressantes. Dans ce camouflet au Bon Usage, pas sûr de savoir qui agresse qui. […] Last night DJ saved my life. Ma mère, au lycée, entendait : « La sardine était malade ». Et moi depuis. […] Réponse d’Hervé sur le side-car : aucun souvenir. Les faits qu’il partage avec moi (le Piper, le vélo, le parachutiste, les deux Américains morts à Feucherolles) me semblent moins menacés par l’oubli. Mon grand-père en racontait moins à ses enfants, il travaillait beaucoup ; ce n’est qu’à moi, « en homme vieillissant », qu’il s’est ouvert. Se résoudre, comprendre, à que je sois le seul. Peine à y croire. […] Passé à Kyralina, sans raison, sans même de portefeuille. Sais pas à quoi je pensais. »
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