
Force ni que rage. Extrait du Journal au mercredi 11 juin 2026 :
« Sorti hier soir, l’insomnie habituelle. Les rues désertes. Au Z. on joue El Hawa à l’oud, m’arrête un instant. Un type, un peintre je crois, qui descendait la rue Popa Tatu me remet vaguement, me taxe une cigarette et commence à me raconter l’histoire de Mircea Niculescu. Qui ? Mircea Niculescu, savez, n’était pas un poète connu, ses Soliloques pas impossible qu’il les ait auto-publiés mais quel poète ! Il vivait, au début du régime, avec les parnassiens de la rue Berthelot, avait sa page à lui dans la revue Romaneasca, un voix sensible mais ferme, intransigeant avec le pouvoir, d’ailleurs plusieurs fois on a essayé de l’empoisonner. En 77 il s’est enfui aux USA. Il est mort à Los Angeles dans la misère. Le type s’agace que je veuille retenir le nom de Mircea Niculescu : pas un poète connu, répète-t-il. Et comment le connaît-il, lui ? Il avait été l’amant de sa mère, fin des années 1960, qui était une très belle femme ; puis, dans ce français de la bohème roumaine : Plût à Dieu que j’eusse été son fils ! […] En feuilletant un livre, la photo de Wolh Hess devant la dépouille de son père, en 1987, à la prison de Spandau – me rappelle Joël Dumas, d’Epernay, qui pendant son service avait surveillé le vieux dauphin du Reich pendant la promenade, vingt pas derrière lui, pas un de plus, pas un de moins. […] Autre rencontre : un costaud, moniteur de gym, là pour une compétition. Il est de Munich, ne connaît pas Daniel mais en a entendu parler – en bien ? en mal ? n’en saurai rien. Il voyage beaucoup en Europe. Il connaît bien la Roumanie pour avoir échangé, plus jeune, avec des lycéens de Moldavie. Ils sont toujours en contact. Ils l’invitent pour les maïs là-bas, on boit beaucoup. […] Temps lourd. Hirondelles rasant les toits. Pas un souffle d’air. […] Attendu toute la journée là-haut, pour le spectacle de S., en classe de roumain. J. me suit, lit des bandes-dessinées, joue aux échecs dans la cour avec les pièces géantes et me met, un peu guidé mais pas tant, échec et mat. La pièce de S., charmante. C’est le cours pour les étrangers, un groupe de cinq enfants qui, après deux ans, parlent vraiment très bien. Buffet avec les autres parents : turcs, bulgares, libanais, grecs. Le papa turc corrige, pour de rire, la professeur : en anglais, plus Turkey mais Türkiye, officiellement. L’ambassade très tatillonne. Trop de plaisanteries sur les dindes. »
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