
Force ni que rage. Extrait du Journal au mardi 10 juin 2026 :
« Me suis endormi hier soir à table, réveillé 23h, frais comme un gardon. Remonte Popa T. jusqu’au Z. mais c’est le jour des concerts, l’endroit bondé. Redescends Popa T. jusqu’au Cișmigiu dont fais lentement le tour, comme un retraité. Touffeur de l’air, parfum des chèvrefeuilles s’échappant des jardins rencontrant – mariage très proustien pour moi – celui du borax pulvérisé par la voirie contre les cafards. […] E. il y a deux jours : Tu vas voir qu’ils vont se rendre compte pour les assiettes. Hier : un mail de la direction au sujet des assiettes. […] A l’aller, me fais arrêter en vélo par la police, place de la Victoire. Aurais grillé un feu. Le sourire qui m’échappe inspire à l’agent une tirade sur les règles du pays d’accueil, etc. Documents ? Je sors une vieille carte consulaire, ça l’intimide. Circulez. Les trois autres pris dans le même filet protestent. […] La matinée à mon bureau, notes sur des riens. Le soleil tape sur la verrière, brûle tout mais il ne me déplaît pas que personne ne puisse le supporter que moi – l’arc d’Ulysse. […] Van Gogh sous la foudre, en plein champ, malgré les avertissements. Van Gogh dans une mine avec les porions, six heures dans le boyau aveugle. Images séminales. […] Bug majeur du système d’exploitation. Décisions s’arrêtent sur papier, more maiorum ; aussi les réunions débordent. Dans les couloirs déjà serpillés vont et viennent ceux qu’on n’a pas prévenus : Clément, Thomas, d’autres que déjà l’ombre aspire, imposant le souvenir d’un petit roman de Jean Raspail, Sept cavaliers quittèrent la ville au crépuscule par la porte de l’Ouest qui n’était plus gardée, lu adolescent, dont on peut dire bien des choses, mais. […] En vélo, toujours. En coupant la voie ferrée, le vélo sur mes épaules, aperçoit un type, chemise blanche, au milieu des voix, 300 mètres à droite, à l’entrée du pont. Il y a un train à l’arrêt 500 mètres plus loin ou bien avançant lentement. Le comportement du type m’arrête : s’allonge sur les rails, joue à les sauter, s’enfuie en s’apercevant que je l’ai vu – puis me guette des buissons. Un suicidaire ? Après un quart d’heure, me convainc que non. Repasse en sens inverse, six heures plus tard, effrayé de retrouver des rubalises, des flics ; mais non, l’homme est toujours là : s’allonge, saute, se cache etc. […] Goût des fins de règne, dont ne me plains que pour la façade. Parties d’échecs. Verres d’eau. Bêtes dorées bourdonnantes se fraient un passage jusqu’à l’atrium désert. Le retour des forces vives, le mouvement de nouveau des horloges, et même qu’on arrose les fleurs me seraient de petites agressions. »
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