
Force ni que rage. Extrait du Journal au vendredi 5 juin 2026 :
« Au Z. jusqu’à une heure avec A., en essayant de tirer les conséquences mais rien à faire. La troupe des ivrognes, avisant notre mine grave, laisse autour de notre table un cercle de chaises vides. Rentre mais ne peux dormir. Écouté de la musique. […] Les emmerdes en escadrille. Une heure ce matin à Baneasa puis reviens en vélo ; mais la selle cède de nouveau et dois réparer tous les 500 mètres. Plus d’une heure pour rentrer. Trouve E. catastrophée par le refus du ministère de XXXXXXX, que nous tenions pour acquis. Puis une fuite d’eau à Parmain, les dégâts considérables. Enfin cette facture astronomique, de l’ancienne mutuelle dont apprenons qu’elle s’est reconduite tacitement – E. les appelle aussitôt – que c’est légal, rien à faire. Sommes secs. Ne peux pas dire, à l’heure d’écrire ces lignes, quel profit il y a à se lever si tôt le matin, quelle grandeur. Grouillement, tout autour, des lémures fignolant leur Linkedin, allongeant leur titre et au moindre signe de Paris mouillant leur bas de pyjama. S’il n’y avait pas les petits, couperais net. […] Un drone naval russe ou ukrainien explose dans le port de Constanța. […] Déjeuner avec Elsa dans un restaurant mexicain. La serveuse, dont c’est l’anniversaire, distribue des chocolats. Marchons, puis, dans les rues au hasard, assommés par ces histoires de pognon, en faisant la liste de ce que nous avons, de ce dont sommes riches et qu’on ne nous enlèvera pas : les enfants, avoir voyagé, la 106 et puis quoi ? Croisons Aurélie. Les femmes ont à parler, me demandent de marcher devant. Sur un lampadaire, une annonce : Légionnaire Suce des Bites, + téléphone. […] La touffeur, la nuit surtout, a réveillé les cafards, qui sortent par dizaines des failles du béton, affolent les chats, me suivent sur la rue Aman. La sève empoisse les voitures. Les AC gouttent sur le trottoir. […] Anne-C. et Hervé m’ont ramené les petits – les seuls, notons-le, qui se soient proposés. Les retrouve à Kyralina, où je lisais des choses sur Perec au frais depuis une heure. S. a nagé sans brassards à la piscine, et J. réussi le poirier. De petits princes. La dame de la pâtisserie leur a préparé des tartes au citron avec leur nom dessus. Me demandent de leur raconter la Tempête de 99. Des clientes passent ou appellent pour demander Persepolis. Les libraires n’en ont plus. En recommandent. […] Maman au téléphone: le covid, en convalescence à Bailly ce qui lui fait rater ses concerts. Puis Jean, dans une histoire d’amour rocambolesque mais, surtout, la faim : lui ont sucré le RSA depuis un mois. Moment difficile. »
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