Journal d'Anton B.

Jeudi 4 juin 2026, 21h44

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Force ni que rage. Extrait du Journal au jeudi 4 juin 2026 :

« Celui qui vainc la puissance de la langue humaine, écrit Saint Jean Chrysostome, que J.B. cite en préambule. Pour avoir fait l’expérience de cette puissance-là, dois réviser le jugement : il n’y a pas grand chose à vaincre. Les milliers d’années n’ont pas fortifié la langue, loin de là. Un outil de carton mouillé, qu’en aiguisant on doit rogner du quart. On ne peut pas dire Dieu ; mais pas non plus la fleur, la peine, la puissance etc. Bafouiller, singer. Entre le conclave le plus solennel et le troisième tour de Times-up, quelle différence ? […] Mort de Marjane Satrapi, dont suis plus touché que pensais. […] L’institution de plus en plus vide. Ils sont cinq ce matin, trois ce soir (Adrien M., Victor B., Annabelle T. : fixe leurs noms ici). Dehors l’orage gronde sans éclater franchement ; un rideau de pluie de temps en temps, bref, l’asphalte aussitôt sèche mais chacun de retenir son souffle – un pompier passe dans chaque salle vérifier les fenêtres. Malgré l’électricité palpable, embrouille avec personne ; si étonnant qu’à 12h30 en ai fait la remarque à Elsa, puis 13h30, 15h30 etc. Rentre avec Th. et Hervé ; l’embouteillage total, il faudra plus d’une heure. Th. raconte sa carrière en région parisienne. M’arrête à Kyralina pour saluer M. qu’observions Hervé et moi, par la fenêtre, la mine grave: il écoutait Rachid Taha. Remonte la rue Aman pour l’ambassade d’Algérie – sortir du triangle, le pas-ce-côté, n’importe quel prix. […] Anna M., 17 ans, à 9h : « J’ai toujours été passionnée par Mitterrand. » […] Le pétrolier russe en baie de Douarn. […] Mange agacé. Me couche agacé. Rien fait aujourd’hui qui concernât l’esprit, rien qui me haussât au dessus de ceux que je méprise, le grouilloir des comme-un-lundi : vie de bœuf, vie digestive, le frai puis la mort. Le ciel a fini par crever. Des nouvelles mauvaises les unes après les autres. Regarde longtemps par la fenêtre sans rien faire. Le vent soulève les brouillons de texte dont rien ne sortira, des gouttes de pluie atteignent la pile des Persil. Entrent des mouches-de-mai qui viennent crever sur la tranche des Grands Névropathes de Cabanes. Message de Florian, bien dans le ton de ce que traversons ici. Essaie de l’appeler, répond pas. »


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