Journal d'Anton B.

Samedi 30 mai 2026, 17h06

Force ni que rage. Extrait du Journal au samedi 30 mai 2026 :

« Un drone russe tombe sur un immeuble à Galați. Incendie. Blessés. Ramdam. […] Dormi huit heures. Repris des couleurs. De la migraine lancinante de la veille rien ne reste que des tam-tams à travers des épaisseurs de feutre et l’envie de boire du thé froid. […] M’arrive, assez rarement, de douter de l’utilité de ce Journal, ou plutôt d’envier le silence dans lequel les autres font leur vie, leur acceptation d’un oubli qui n’attend pas qu’on les enterre pour leur rafraîchir les tempes ; leur sagesse à comprendre que les riens qui font une vie sont des riens, qu’on ne les fixerait pas plus à l’écrit – affaire de décence autant que de technique – qu’on ne s’aventurerait à photographier du feu. […] Travaillé au café, les enfants au cinéma avec leur mère ; me rejoignent pour déjeuner dans la rue. Le vent se lève, l’orage menace. Rentrons. Ramassé un tract en capitales, au feutre noir, photocopié sur A4, que traduis : EUGEN TOMAC NÉ EN URSS UKRAINE NOM CHANGÉ PAR RUSE SON PÈRE AGENT DU KGB PLUS EXACTEMENT MVB UNE SORTE DE KGB IDIOT DE PREMIER MINISTRE. Il y en a partout dans les buissons ; on a dû les jeter du toit. […] Dérangé, en croisant des coureurs, par ces gens dont la sueur ne sent rien – corps bombardés de traitements chimiques, corps plastifiés, préparation ante mortem d’une thanatopraxie coûteuse mais chiadée, corps que le souffle a désertés d’avance, où d’avance remonte le froid de la table de zinc. Moi qui ai si facile le désir, m’imagine très mal faire l’amour avec ces filles-là. […] Au café. Passe le vieille échevelée avec un bouquet de sauge dans une main, dans l’autre la bouteille de vin liturgic rebouchée. […] Se peut-il que 1+1=1 ? Elias, brillamment : plus simple de démontrer que 1+1=0. Cependant, il existe des anneaux où 1=0, ce qui autorise beaucoup. […] Les fous impressionnent beaucoup les enfants. Un qui nageait dans le lac verdâtre, au Cișmigiu ; un autre à moitié nu qui se désarticule l’épaule sur la pelouse en glapissant. Un autre tenait une lame de rasoir, Elsa a rappelés les petits. Celui qui va et vient ce matin sous la galerie porte un bâton bien droit, Diogène au présentez-arme ! Le patron lui pose un gobelet de café sur la marche. »


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