Journal d'Anton B.

Mercredi 27 mai 2026, 21h45

Force ni que rage. Extrait du Journal au mercredi 27 mai 2026 :

« Couché tôt hier soir. Puis peine à dormir. Réveillé à une heure du matin par l’intuition d’une urgence, que quelqu’un, quelque part etc. Vérifie les petits. Commence un café. Me rends compte, sur le compteur électrique – nous n’avons toujours pas d’horloge – qu’il est une heure du matin. […] En vélo, ce matin, croise sur la place de la Victoire un vieillard dans l’uniforme de 1945, le casque russe, la combinaison, qui vérifie la culasse de son Mosin-Nagant. Derrière lui, un capitaine d’aujourd’hui, en habit de parade, tient un bouquet de mousquets. […] Une heure à Anna-de-N. Agacements divers mais ne suis pas sans ma part de responsabilité. Assez satisfait du niveau de grec atteint par les Première Année. Déjeune léger, rentre en vélo. La selle se casse après cinq minutes ; me laisse rouler au sol, réflexe salvateur. Ramasse les morceaux. Pousse le vélo jusqu’au poste de garde, un kilomètre, puis repars en bus. La bricolerai au soir, avec une vis Ikea et deux serre-flex montés l’un sur l’autre (un ouroboros). Résultat merdique. Mon père aurait fait tellement mieux. […] L’après-midi au musée national avec Bogdan : la galerie orientale puis quelques pièces dans les collections européennes. Sortons les derniers, mais la sortie principale est fermée, un vieux gardien sourd se met à glapir ; la dame nous fait descendre par un escalier caché, traverser des salons fermés au public. Café sous la galerie. A Kyralina pour les légumes. Elena a mis mes Braves à l’honneur. […] La place manque ici pour noter ce que je dois à Bogdan. Ai rarement entendu parole plus affûtée, plus personnelle sur les choses de l’art. Il me montrera la prochaine fois son atelier. M’apprend, entre autres choses, qu’en Roumanie jadis les malades grièvement sacrifiaient leur prénom pour se concilier le sort, il fallait désormais qu’on les appelât de leur deuxième puis de leur troisième. Un grand tableau du XVIIème (Hercule tuant le Centaure) a pris des balles en 1989 ; l’une d’elles perce le Centaure au cœur, là où il porte la main. Les Chinois plongeaient des roses fraîches dans une barbotine de porcelaine fine. Parce que nous avançons peu et parlons à grands gestes, les gardiennes nous marquent à la culotte. […] La lune si pleine que les voisins ont ouvert la fenêtre, se penchent, commentent. »


En savoir plus sur Journal d'Anton B.

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire