
Force ni que rage. Extrait du Journal au mercredi 20 mai 2026 :
« Rêve. Il neige. Suis chez ma grand-mère, dans l’ancienne chambre d’Hervé qui, depuis, sert de bureau. Passent des visages anciens, des filles, essentiellement. Puis chez un berger, sur un chemin bulgare, il nous prépare le thé mais des cavaliers attaquent. Dans le puits, au frais, un bras arraché, écorché. […] La matinée à mon bureau. Le texte pour le Sadoul, puis le deuxième envoi pour Remue. A ce sujet Jean, longtemps, au téléphone ; la conversation dévie vers l’âge que nous abordons ensemble quoique séparés. Sa situation s’est nettement améliorée, pourtant mon vieil ami a le vague-à-l’âme. Je le comprends très bien. Ni lui ni moi n’avons réussi, malgré les excellentes cartes dont disposions, à prendre le train en marche. […] Florian L., qui nous rejoindra cet automne : son nom ne m’est pas inconnu, sa tête non plus, que je trouve facilement sur internet. D’où ? Me souviens vaguement d’un ancien de Lyautey, fraîchement débarqué de Tanger, qu’on vit longtemps traîner ses guêtres à la Sorbonne, agrégatif de longue haleine, précocement encravaté. L. me dit qu’il travaille dans l’édition. Peut-être. […] La colonie de vacances où envisagions d’envoyer S. en juillet coûte 4000 lei pour 5 nuits. C’est plus que ne peux. La petite restera avec nous. Première fois de ma vie que fais cette expérience. Elle est amère. […] Observe, de mon bureau, les rideaux de pluie tomber sur le boulevard Reine-Élisabeth, à 800 mètres tout au plus, faire briller les clochers et rentrer les draps. Ici, sur Stirbei Voda, encore soleil. Les bourdons chassés par la tourmente s’accumulent dans le puits central. […] Le grand extérieur, toujours : cette fois, c’est S. qui déclare, tout de go, vouloir un jour assister en direct au concours de l’Eurovision. La maîtresse leur a montré la chanson de la Bulgarie. O tempora… […] Cherche, sur la carte puis le satellite, longtemps, le clocher rouillé que je vois de ma fenêtre, après la barre d’immeuble, et qui doit donner sur la rue Saint-Constantin. Il n’existe pas. Un nom pour cette joie qui me monte du ventre. »
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