
Force ni que rage. Extrait du Journal au mardi 19 mai 2026 :
« La course avec E. qui emmène les enfants par le bus ; arrive en vélo vingt minutes avant elle. Sur les quatre derniers tests, l’ai précédée trois fois, plus un ex æquo. […] Le document perdu retrouvé entre deux feuilles. L’écriture se confondait avec une autre, on les avait rassemblés. Une part de culpabilité : c’est moi qui l’avais glissé là après l’avoir traité ; une part à X., à qui j’avais soufflé cette possibilité, et qui m’avait promis avoir vérifié, revérifié etc. M’en foutais un peu, au point où j’en suis ; mais lui, il revit. […] Couru un peu partout. Déjeuné, au moins ça, avec E. Reçu, officiellement, Jérôme L. à la bibliothèque. Sommes en nage, l’après-midi est lourde, pas de vent ; les camions, sur la DN1, soulèvent un nuage de poussière qui vient grésiller contre les carreaux. Finissons vers 17h30. Les accompagne, avec Clément, à travers la foule des ouvriers qui dépointent tous en même temps du chantier – les Pakistanais, qu’on agace à forcer ainsi le passage, nous sifflent entre les dents, sourdement – puis jusqu’au pont. […] Les hommes politiques désormais plus jeunes que moi : la porte-parole du gouvernement est de 1991, la sénatrice de 1994. […] J. intéressée par le grand extérieur, le monde des autres ; m’entretient, ce soir, une heure durant, de Mbappé, qu’il tient une phrase sur deux pour un joueur de basket mais il insiste : le meilleur du monde. Un de ses camarades porte le maillot du Real or un CM2 leur a dit que c’était un « bon maillot ». Et le petit garçon de répéter, tout le jour : le Real, « c’est un bon maillot. » Pas malheureux, même si me garde bien de le dire à E., que notre petit garçon sorte un peu de notre sphère solitaire, sphère où nous vivons, aux yeux des autres, comme des Amishs fantasques. Il aura des copains. Il faut le sauver de nous. »
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