
Force ni que rage. Extrait du Journal au lundi 18 mai 2026 :
« Mort d’Etienne V., cet hiver, qu’un hasard m’apprend en lisant les petites nouvelles des expatriés français sur l’archipel. Il m’avait demandé, il y a des années, ce que lui reprochait sa fille, ce qu’il avait raté ; à peine commençais-je ma phrase que la demoiselle revint, nous interrompant. La conversation n’eut pas lieu. […] La matinée dans mon bureau à relire Bensherit, que je veux imprimer tout-à-l’heure, où les couches s’accumulent jusqu’au vertige ; ainsi que la deuxième livraison du Hospodar, qui sera publiée mercredi et qui procède, elle, de l’effort inverse, de l’épure, du rabot. Heures qui sont d’or ou devraient l’être mais cette fois pas l’esprit clair et, surtout, mille choses que je laisse de côté, qui s’accumulent, que je ferai oui mais mal, dans l’urgence, en gâchant tout. […] Une carte de visite échouée sur mon bureau : E.G., membre distingué du Petroleum Club Romania. […] Une feuille a été perdue d’une certaine importance. L’intérêt général, on comprend assez vite, voudrait que ce fût par moi. Et ç’aurait pu l’être, à dire le vrai ; mais j’ai trois doutes. L’empressement des uns et des autres à me faire porter le chapeau. Fouille, par acquit de conscience, les exemplaires du Persil, où de grands documents comme ça auraient pu se glisser. Rien. […] Déjeuné avec Julien B. et Aurélie, sous les arbres. Rentré en vélo mais n’ai pas récupéré des 125 kilomètres de la semaine dernière ; me laisse dépasser par les trottinettes, misérablement. Peine à chasser les contrariétés du jour, en partie parce que je peine à me les formuler. Un train passe au moment qu’allais couper la voie ferrée. Je me baisse, touche le rail. Il est froid. […] Jean au téléphone. Il est chez Laurent, met sur haut-parleur. Laurent me blague sur le surréalisme roumain, qu’il connaît bien mais c’est avec E. qu’il devrait en parler. Jean a emménagé, il fricote avec une fille du coin, affaire qui promet son lot de complications. A acheté, dans un vide-maison à Tréboul, une reproduction en résine de la Pierre de Rosette, format A4. Les imagine exactement, dans la petite cuisine qui sent le tabac froid, à l’heure bleue, avec les olives et le whisky. M’enverra l’épreuve demain. »
Laisser un commentaire