
Force ni que rage. Extrait du Journal au lundi 11 mai 2026 :
« Le téléphone d’Elsa l’avertit, pour la fin de journée, d’un risque de furtună și descărcare electrică. […] La nuit dernière sur la terrasse d’un club de billard désert, rue Amzei, avec Christophe. Discutons du rôle de l’écrivain, en forçant un peu nos natures respectives, les provocations du nihilisme affrontant, dans les ruelles sombres, l’emphase du romantisme ronflant. Partant, en ce domaine, d’idées très différentes, n’en arrivons pas moins à des vies similaires, la marginalité rangée, le semi-échec social – disons: des vies pas si dissemblables qu’on croirait. Rentré tard. E. s’inquiètait. Glisse dix lei sous l’oreiller de J., qui a perdu sa dent mais l’a avalée (avons rédigé une lettre explicative à l’intention de la zobu feja). A 2h les balayeuses dans la rue se disputent et me réveillent. A 3h un cauchemar de S. […] Le vélo jusqu’au plateau. Le pollen bouche les manches à air du métro, se mêle à la terre noire, l’esprit y voit de la neige, voudrait toucher. […] Cherché longtemps quelle spécialité pourrait être la mienne, quel enseignement serais-je autorisé à donner. Sûrement pas celui qu’ai balbutié aujourd’hui, qu’un imbécile pourrait prendre en charge et d’ailleurs ils ne s’en privent pas. Aucun boulot que puisse faire. N’aurais jamais dû quitter le Macdo. Aurais dû faire une thèse sur le vide, sur la non-pensée, l’amont des décisions pas prises, les branches du possible qu’aucun subjonctif ne peut dire, pas plus qu’on ne touche une bulle de savon, même avec une plume. Le lessness de Beckett – Cioran propose sinéité. Mais même ce vide-là demanderait des démonstrations, des analogies, des images; or ne me sens capable que de saccager. Le vide dont me sens plein est celui des ruines fumantes, des jonchées de corps aux cuisses encore tremblantes comme des grenouilles ébouillantées, le vide de qui vomit l’estomac vide, le vide de la main vide au bout du bras coupé. […] Nombreux échanges M.S. […] L’administration m’a retrouvée. M’envoie à Rome fin juin. Ne vois guère le moyen d’y échapper. Insulter les gens par mail n’a rien servi. Le sabotage de la dernière fois non plus. Montrer ma bite? »
Laisser un commentaire