
Force ni que rage. Extrait du Journal au jeudi 7 mai 2026 :
« La nuit dernière au Zadar avec Mathieu. On passe un documentaire sur le punk anglais en 1977, que suit distraitement en attendant M. Puis causons à une table, dehors, de Cartarescu en particulier, que recevrons peut-être cet hiver. Alexandra G. nous voit, nous évite. Le froid très vif après minuit. Déplace la voiture dans la rue, pour donner le change. […] Au café. J. m’avertit : dans mon dos, s’approchant, un traître ! Je me retourne en sursaut. Nous sommes devant le presbytère. C’est un prêtre. […] En voiture ce matin jusqu’à l’entrepôt des Gitans, où E. achète un bureau pour le petit garçon, une chaise, une corbeille en plastique rouge. La femme nous offre la petite mappemonde sur laquelle les petits louchaient, et leur donne des bonbons. Rentrons péniblement dans la congestion générale, sous un soleil cairote. […] Avancé quelques phrases pour le Jacques-Sadoul mais aux mauvaises heures, l’estomac qui travaille, le soleil tombe sur la table trop d’aplomb. Pas sans intérêt de retrouver l’économie de la nouvelle, sa précision : l’école qui m’a tant manqué. […] Me lasse de ce Journal parfois ; c’est-à-dire me lasse de cette entreprise un peu vaine de tracer les contours d’un soi-même à qui on n’ose plus souhaiter d’épouser les dimensions de l’univers, mais qui ne revendiquerait pas sans ridicule la dignité de citadelle assiégée. Belles phrases, il y a deux jours, dans le Journal de Jérôme Orsoni, sur l’identité illusoire du Je, son obsession du même malgré tant de démentis flagrants. Pensées en spirale. Les Cercles des enfers ne sont pas tant à craindre pour les châtiments qu’on nous y inflige que par leur nature de cercles : l’Homme, créature tout en angles, tout en coins, se trouve forcé d’épouser la forme la plus éloignée de sa nature, n’en déplaise à Léonard. Un enfant s’acharnant à passer le cube dans le rond. […] ‘Echanges directs sur nos enjeux pour renforcer nos liens de proximité.’ […] Maman m’envoie l’article sur mon frère dans le Nouvel Obs. […] Au parc, une femme avec son petit. E. se met à bavarder familièrement, m’appelle. La femme connaît mon nom. Je ne l’ai jamais vue de ma vie. J’ose le tutoiement. Ça passe »
Laisser un commentaire