
Force ni que rage. Extrait du Journal au vendredi 1er mai 2026 :
« A Sibiu, reliant le centre-ville à la forêt, un ‘itinéraire de cyclotourisme Emil Cioran’. […] Rêve d’un genre nouveau. J’assiste à une messe, dans une sorte d’écurie, en petit comité. Le pape en personne passe à l’improviste ; ce qui justifie la présence de J. B., pas papiste mais curieux. Or je me suis déguisé en curé. Il est scandalisé (qu’un incroyant comme moi se soit travesti en pareilles circonstances ou l’inverse, que je lui aie si longtemps caché ma réelle profession). Nous en parlerons plus tard. Il me dépose en ville et c’est une sorte de Brest grise, pluvieuse, pentue, aux boutiques fermées. […] Fin, aujourd’hui ou demain, du travail. Lucidité post-opératoire : le personnage aura cristallisé l’essentiel de mes conflits avec M.S. (sa psychologie, son déterminisme, jusqu’à son nom dont je voudrais, au contraire, qu’il pût en changer comme de chemise). Par dessus tout la nécessité, contestable, de le lester avec un gramme de vérité, comme un plomb de ligne, afin qu’il tienne droit. Quand les lecteurs commencèrent, vers 1800, d’appliquer cette recette de littérateur à eux-mêmes, ils se perdirent, se perdent encore – sont, par exemple, les héros du film de leur vie etc. Voudrais faire, comme les aquarelles de mon père, des rues vides, des murs secs, des ciels pas traversés du tout. […] Charles : Un sot porte un seau, deux sots tombent. Pardon ? L’animé l’emporte sur l’inanimé, lui avait expliqué l’institutrice de CE2. Combien de billevesées pareilles emporte-t-on avec soi, pour toute la vie ? On pourrait les dissiper facilement, on ne le veut pas. A ces erreurs-là un rapport d’affection, une fidélité. Pareil, chez moi, l’accent sur les majuscules ; ou les dégâts du dentifrice sur l’émail. […] L’église de Gherdeal : un clos ruiné, le sol jonché de tuiles tombées et de coquilles d’escargots. Dans les pigeonniers, sous deux doigts de poussière, des hampes enroulées de drap noir. […] Elsa remarque, sur les tampons de de la bibliothèque, que les livres ont été régulièrement empruntés, deux fois par an en moyenne, jusqu’en 2012. Alors une rupture, plus qu’une fois tous les cinq ans. Quel que soit le livre. […] Dernière lecture d’un manuscrit : pas tant le moment de corriger que celui de le comprendre enfin, et trop tard. Six ans de travail. La chimie qui l’étrange de nous s’est amorcée, les levures travaillent, on n’a plus guère de maîtrise. C’était donc ça. »
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