Journal d'Anton B.

Jeudi 30 avril 2026, 21h02

Force ni que rage. Extrait du Journal au jeudi 30 avril 2026 :

« La joie des petits à l’hôtel. Les meubles, en sapin dorée, on ne les fera pas démordre qu’ils sont en or. Le lit immense. J. en est tombé, cette nuit ; s’est mâché l’oreille mais joie quand même. […] Deux jours sans nouvelles de M.S. Elsa : elle a peut-être pris des vacances pour le 1er Mai. Naturellement j’ai d’autres hypothèses pires ; les mêmes, en réalité, que dans la correspondance amoureuse. Mais l’amant garde au moins le loisir de s’allonger et de se plaindre ; tandis qu’il me faut, moi, répondre au silence par le travail, si jamais, si jamais. […] Appel de Julien sur l’étymologie d’Hostis, Vagues souvenirs du vocabulaire religieux primitif des Latins, de la double transitivité mais ne peux m’avancer. Il est avec un ami philosophe. Va savoir pourquoi, en découvrant son numéro dans la liste des appels manqués, j’avais d’abord envisagé une mauvaise nouvelle. […] Visitons le musée ethnographique de Sibiu, identique à celui de Riga, sous la pluie ; mais j’avais oublié l’intérêt d’E. pour la quincaillerie, les façons de tresser l’osier, les motifs des fenêtres etc. Altérité radicale, séduisante peut-être, mais c’est par là qu’elle tire vers d’autres vies que celle qu’elle partage avec moi : les cultures populaires, les Rroms, la broderie etc. Aux courses à Kaufland avant de repartir ; sur le parking, des Roms se précipitent pour vendre du muguet. Des 4×4 viennent ravitailler depuis les montagnes. D’une jeep rutilante descendent quatre bonnes sœurs. […] Rentrons tard. L’électricité a sauté : retrouvons, sous l’évier, un câble brûlé. Le propriétaire vient arranger ça en voisin. Il a peur, surtout, des problèmes avec ces hurluberlus de la capitale venus s’enterrer si loin des routes ; il nous avait sans cesse avertis contre la solitude, et de nouveau en nous accueillant. Arrivé lui-même en 2003 avec sa femme, il voulait y fonder une famille mais sa femme est partie. […] Des pierres énormes, en forme de tronçons de colonnes, tombées d’on-ne-sait-où et poussées au bord des labours ; vestiges de R’lyeh gravés par l’affûtage des couteaux. […] Monté seul sur la colline en fin d’après-midi. Le petit village saxon, dans sa vallée, baigné de rayons d’or. Au loin, dépassant l’horizon des hêtres, les pointes enneigées des Carpates. Paysage que l’imagination reconnaît aussitôt : celui où vont les protagonistes de Hesse, où il leur faut affronter les épreuves de la vie d’homme ; paysages fermement datables mais qu’une certaine inertie, l’influence de la forêt tout autour, a fini par détacher de la contingence historique, comme le plateau solitaire du Monde Perdu. Chaque rencontre vaudrait allégorie. Mais n’y ai rencontré personne. »


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