Journal d'Anton B.

Mardi 28 avril 2026, 18h32

Force ni que rage. Extrait du Journal au mardi 28 avril 2026 :

« Les cheveux de ma fille accrochés aux écailles brûlées du vieux chêne, et coupant la lumière en deux. […] Déçu – trahi? de découvrir après deux cents pages que les quatre volumes du Journal d’Anaïs Nin sont en réalité des extraits. Aurais pourtant dû m’en douter. Les belles pages choisies, où perce le classement thématique: le sexe, la psychanalyse, Henri Miller etc. L’intérêt divisé par dix. […] Ne peux m’empêcher, devant des forêts pareilles, de penser à la joie qu’y éprouverait mon père. C’était, avant, l’idée de l’y emmener un jour; maintenant davantage une virtualité car le temps passe aussi pour eux. Le jour où mes parents ne seront plus il faudra que je regarde le monde pour moi. S’ajoute, rognant déjà cette hypothétique expérience, le défrichage que suis tenu de faire pour les petits, peut-être pas tenu mais c’est plus fort que moi. Puis eux-mêmes à leur tour. “Et si peu de regards pour le contempler.” […] Mourir dans une forêt en avril vers 17h30. […] La nuit dernière, sortant pisser, dérange des chevreuils dans le jardin qui s’enfuient en aboyant. […] Ne fais plus aucun effort pour habiter le jour entre midi et 16h30: la lumière hostile impose des choses une fausse présence, tout y vient heurter l’œil. La disponibilité au monde, qui est pour l’écrivain à la fois un travail et une complexion secrète, s’y trouve trop artificiellement sollicitée – Tu aimes, hein ? Tu aimes ? Les choses, déroulées de leur ombre, tremblent dans l’aplomb méridien comme des mirages. L’esprit, regimbant par fierté, se perd dans la direction inverse, dans les analyses inutiles, les notes de lecture. Quant à travailler vraiment, la blague. M’allonge, la tête tournée vers la fenêtre. Écoute la conversation des ouvriers. Le voisin, je crois, nous apporte du bois. Rire d’Elsa, qui flirte en anglais. […] Indifférent d’ordinaire à tout ce qui concerne le paysage éditorial français. Mais voilà, coup sur coup, deux affaires dans la périphérie de mes propres intérêts : Boualem puis Pierre Nora. Tout cela loin, bien loin mais on se surprend, pour plus tard, de le marquer ici. […] Jean au téléphone. Puis Moustapha, des messages : vivre deux cents ans à Kit-Kat. […] Elsa, que je confronte pour plaisanter, se moque de moi : elle ne flirtait pas, non. Le voisin lui racontait, longuement, avec les détails de légiste, l’AVC de sa chienne. C’était un rire nerveux. […] Le soir de l’autre côté de la colline. Les petits attrapent des grenouilles : noires, le ventre jaune.»


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