Journal d'Anton B.

Lundi 20 avril 2026, 20h17

Force ni que rage. Extrait du Journal au lundi 20 avril 2026 :

« Taquer, pour une bille, que j’imaginais d’emploi courant, est inconnu du CNRTL – un lexique du parler bourguignon l’atteste, signale Benoît. Chiquer, à peine mieux. Des mots dont j’aurais juré, très sensible que suis aux vocalisations alternatives (choquer, toquer). Le lexique bourguignon propose un Buquer, que je ne connais pas, que j’adopte aussitôt; mais à dire le vrai les billes, quand j’étais gosses, perdaient de leur valeur quand chiquées. Vint niquées, mais plus tard. […] La vie bornée par la mort mais pas seulement avant et après: de tous côtés. Pas un raisonnement, pas une image, pas une formule moléculaire qui, amenée à ses suprêmes conclusions, ne nous jettent dans l’abîme silencieux; pas une promenade qui nous fasse soudain longer des idées froides. Un épisode de fureur entouré d’une paix qui séduit, baigné de rayons noirs. Ne peux pas ne pas y penser en lisant, dans le Monde, ce festival en plein désert, en Amérique; où je me serais tenu, pour ma part, toujours derrière les pélicabs, où commence le rien, un pied mordant la ligne. […] La bicaméralité, nouvelle fantaisie wikipédiable. Un psychologue US (J. Jaynes) propose que les hommes, encore récemment, n’aient pas joui d’une conscience; que leur cerveau ait été longtemps séparé en deux parties, l’une qui parle, l’autre qui écoute, sans l’intuition de la singularité d’un moi. Il donne l’Iliade pour preuve, où il ne relève aucune trace d’activité mentale (!), où les hommes entendaient vraiment la voix des dieux sans savoir que c’était la leur etc. L’éruption de Santorin les aurait enfin débloqués. […] Le métier d’écrire? Ce que j’aurais dû répondre: l’artiste, personne n’attend son travail, charité si on prête encore une oreille, et ça nous désencombrerait qu’il renonce. On veut bien le payer mais pour le détourner de sa bizarre tâche solitaire; pour enseigner, commenter etc. : pas pour écrire. Ces années où je faisais les frites au MacDo, si j’avais perdu la cadence, ça aurait emmerdé tout le monde. Là le vrai ministerium. […] Range les cartes reçues la semaine passée. Happy birthday vs La mulți ani : l’anglais renvoie au passé, le roumain nous jette dans l’avenir. A ces deux familles le reste se rattache (Χρόνια Πολλά vs Dies natalis). Originalité – délicatesse – du français. […] Dois ramener ce soir la voiture, aussi ne peux monter en vélo. Lis dans le bus qui, interminable, s’arrête à des murs invisibles, débarque son monde ici et là etc. Quelques heures sur le plateau à discuter de choses et d’autres – Boèce, surtout. Reviens en voiture, seul, de l’essence pour rien, ce qui m’agace toujours un peu. Devant moi un camion de bois roule au pas, les pneus arrière éclatés, le type rouge, le front contre la vitre; les gens ralentissent pour le prendre en photo. A peine rentré qu’il faut repartir chercher un meuble à l’autre bout de la ville. La soupe d’hier, au lait, a brûlé, bruni; la jetons. »


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