Journal d'Anton B.

Samedi 18 avril 2026, dans la nuit

Force ni que rage. Extrait du Journal au samedi 18 avril 2026 :

« Hier, dans le 205, un groupe d’ouvriers égyptiens montent vers la fosse du métro et l’un se raconte : Trente ans que je n’ai pas vu Tanta. C’est jeté par bravade, je-m’en-fous triomphant mais les autres ne s’en laissent pas conter; ils se taisent, la mine grise. […] Hier encore, sur la scène où je tirais des candidats au sort, ma pièce ordinaire m’échappe, les 5 francs Pacifique, je tarde à la retrouver. Un jeune homme, très élégant, en cravate bleu nuit, monte sur l’estrade et me propose la sienne: une 5 lei de 1966, “une pièce communiste”. […] 10h au café sous la galerie. Matinée buissonnière, arrachée aux obligations – volée, on n’ose pas me le dire encore, on parle de package, de conscience professionnelle, yeux-dans-les-yeux et main de bois. Aussi sa valeur comme doublée. Espace-temps propre aux pas-de-côté, amorçage pour de rire d’un An Zéro Un autour duquel déjà se rassemblent les forces adverses. A cette légère pression, fantasmée peut-être, on saura gré d’avoir assuré de ces quatre-cinq heures-là la certaine densité. Les papiers y tombent plus lentement et les allumettes ratent toutes. Voudrais vivre en déserteur, abonné du tableau du deshonneur, être le Cabu du régiment; mais Elsa de se moquer: Tu parles, ils n’ont même pas retenu ton nom. […] M’intéresse, du coup, aux élections consulaires. Sept listes déposées, la plupart apolitiques, transpartisanes c’est-à-dire, en bon françois, de centre-droit c’est-à-dire de droite. Reconnais des noms dans chacune. A gauche des écolos, à gauche de la gauche des étudiants en médecine, à Cluj. Relève une Union des Patriotes pour la Roumanie-Moldavie. Une des listes proposent, dans ces pays où avons échoué, de nous y sentir chez nous. Dans une autre, le nom de l’amusante avocate dont les récentes transcriptions ont fait, dans les cercles, un personnage de comédie. […] Emu par ce que mon frère a déclaré, à la radio, sur le village de notre enfance. Elsa, qui l’a écouté et me raconte, itou. […] Soirée chez Clément. Il y a du monde. Orage. Barbecue entre les pluies cinglantes. Elsa et Manon s’égosillent sur le karaoké, belles parce que vivantes; mais je ne connais pas, moi, la moitié des chansons. Une bande d’enfants ravage les chambres à l’étage. A la maison à minuit. Mais j’ai oublié le chargeur d’E. là-bas. »


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