Journal d'Anton B.

Dimanche 19 avril 2026, 19h03

Force ni que rage. Extrait du Journal au dimanche 19 avril 2026 :

« Le karaoké d’hier soir, auquel ma nature rechigne bêtement, m’aura cependant fait vérifier les paroles correctes des tubes qu’assis trop près du chauffeur on écoute dans le bus sans les comprendre. Ainsi, Téléphone: “La réalité m’a alité.” L’image me reste au petit matin. […] Publié ce jour le premier envoi du Hospodar, sur remue.net, avec Jean. Heureux de voir associer nos deux noms. Ne prenons, je crois, la place de personne. Derniers règlages: l’image, le texte de présentation. Enregistre ici ma reconnaissance à Benoît A., qui s’est démené. […] Dans une revue, sur la Correspondance Rolland-Istrati: “Istrati meurt le 16 avril 1935 et l’échange de lettres entre les deux hommes s’interrompt alors.” Plus loin, pudeur ou prudence, l’escamotage systématique du nom du Leader: “dans la Roumanie de (…)”. Du silence entre parenthèse. […] Levé tôt, puis studieusement. Vers 11h au café, brièvement. Les petits se lèvent à peine. Déjeunons tard, luxueusement. Puis au parc, puis au café, où je paie ma dette du matin. Un saut à Kyralina pour brancher le téléphone d’E. On vient d’y acheter les Ballades et doïnas. Qui? Une dame. Mystère. Une néophyte: l’exemplaire, non coupé, l’a surprise. Vu passer, pendant qu’explorons Elena et moi cette énigme, des têtes connues. Je feuillette le livre sur Spoeri, que je n’ose pas acheter pour moi-même, de peur qu’il ne perde du même coup tout son intérêt. Rentré à la fermeture – le téléphone à 85% – par les petites rues, la Calea impraticable, tant la foule. […] Au café, la deuxième fois. Les petits font le tour de l’église. Toutes les tables autour sont prises, une jeunesse joyeuse dont, au fond, ne suis pas tellement séparé dans l’âge, mais dont la joie de vivre, le vibrillon printanier m’exclut, m’aigrit depuis l’enfance. Ils finiront poussière mais c’est à tort qu’on les plaint : rien, au contraire, ne leur fait plus plaisir. Les jouisseurs préfereraient mourir cent fois que de voir le temps s’arrêter. L’immortalité leur fait horreur. S’empressent, sans la curiosité réelle qui donnerait à leur épisode la dignité d’une expérience, sans la méthode non plus, vers la dissipation. J’imagine toujours ce que ça leur ferait si je tombais là, foudroyé; je crois qu’ils me prendraient en photo. […] J. collectionne les billes chinoises, comprendre: des billes plates. Va savoir pourquoi ça m’embête un peu. Jamais aimé ces billes-là, qui ont toujours l’air d’avoir été volées dans une jardinière d’entreprise – et qui, surtout, ne se jouent pas, ce qui désamarre, à la Bretton Woods, la valeur réelle de son usage. »


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